Daniel Mendelsohn

Un écrivain politiquement incorrect parle du désir
Par Vincent Jaury

Ecrivain, new-yorkais, juif, homosexuel. Autant de fragments d'identités qui façonnent la littérature de Daniel Mendelshon. Après Les Disparus, dans lequel il suivait les traces de membres de sa famille disparus dans la Shoah, paraît en France son premier roman: L'Etreinte fugitive. Il y interroge, à travers éléments autobiographiques et mythes antiques, son mode de vie, ses rapports familiaux et sa sexualité. Un récit sans fausse pudeur ni exhibitionnisme, deuxième volet d'une future trilogie. "Transfuge" a rencontré ce nouveau visage des lettres américaines.



« Ce livre est un commentaire du monde », nous dit Daniel Mendelsohn, dans cet entretien. Ce roman-essai, L'Etreinte fugitive,  a effectivement ceci de rare, de trop rare, d'être une longue réflexion, alors que l'on s'ennuie si souvent de ces romans qui n'ont rien à dire. On pourrait reprendre  à notre compte, à propos des intentions de l'auteur, les notes de Theodor Adorno sur l'essai, forme « bâtarde » ouverte à la pensée. Mendelsohn, en quête de vérité sur lui-même, sur son homosexualité, sur sa famille, sur ses coups d'un soir, à Chelsea, dans le quartier gay, déroule une pensée tâtonnante, hors des canons académiques, hors de la méthode si chère à Descartes. Il déploie une intuition intellectuelle puissante, en mettant toujours l'accent sur le partiel et non sur la totalité, sans l'orgueil du traité qui vise à conclure de façon définitive. Une raison, donc, qui avance les deux pieds sur terre.

Autre rareté, qui donne à ce livre toute sa valeur : dans un déni de l'idée d'Hannah Arendt selon laquelle notre modernité s'est coupée de la tradition, il repasse systématiquement par des récits de l'Antiquité grecque - les tragédies Ion d'Euripide, Antigone et Œdipe roi de Sophocle, le mythe de Narcisse -, par la poésie latine, à travers le poète de Vérone, Catulle, et par la poésie lyrique grecque, avec Sapho. Le monde grec tisse des liens avec notre monde moderne, y jette une lumière forte qui donne du sens. 

L'homosexualité est un particularisme, elle n'intéresse pas tout le monde, mais nous a permis, autour d'elle, de poser des questions universelles : qu'est-ce que la beauté ?  Qu'est-ce que le désir ? Qu'est-ce qu'une identité ? Qu'est-ce qu'être père ? Comment pouvons-nous définir l'Histoire ? Pourquoi avons-nous besoin des mythes ? Enfin, la question de la mort, même si, comme l'écrit Vladimir Jankélévitch, « la mort est à peine pensable ». Rencontre avec un nouveau monument des lettres new-yorkaises, auteur du best-seller Les Disparus, un homme au regard dur, politiquement incorrect. 



- Le grand entretien n'est pas disponible en ligne.

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