C'est le meilleur roman rock qu'on ait lu depuis des années

Joseph O'Connor, dans Maintenant ou jamais, revient sur les années soixante-dix et quatre-vingt à New York et à Londres à travers l'histoire inventée d'un groupe. Pour les geeks, mais aussi pour les autres, à lire d'urgence !
Par Oriane Jeancourt Galignani

o connorSi vous êtes un inconsolable de Bowie, un maniaque des New York Dolls, un imbibé des Pogues, si vous vous rendez chaque année devant la façade de l'ancien CBGB à Manhattan pour invoquer les esprits des Ramones ou le dernier live des Dead Kennedys, ce livre est pour vous. Maintenant ou jamais, trois mots qui pourraient être la ligne de conduite du rock de 63, du punk de 75, du pop rock du début des années quatre-vingt. C'est à ce dernier moment de l'histoire musicale que nous convie l'Irlandais Joseph O'Connor. Ce « band novel » suit l'ascension et la chute d'un groupe fictif de rock postpunk, The Ships in the Night. On est d'emblée dans le mythe rock : quatre gars et filles issus de la lower class de la petite ville britannique de Luton connaîtront échecs, succès et désillusions dans l'Irlande, l'Angleterre et l'Amérique des années quatre-vingt. Treze, Sean, Robbie et Fran se rencontrent à l'université. La première joue du violoncelle, le deuxième, son frère jumeau, de la batterie, le troisième de la guitare et le quatrième... sera la star. Fran, superbe figure d'un génie orphelin, se montre très tôt certain de son destin exceptionnel. S'il a le mystère et l'androgynie de Bowie, Fran se révèle extrêmement singulier : mi-irlandais, mi-vietnamien, il dérive de l'idéal romantique au business, sous les yeux effarés de son meilleur ami, le brave Robbie. Roman à personnages, souvent comique, toujours mélomane, Maintenant ou jamais est avant tout une histoire d'amitié construite avec une habileté de scénariste HBO. Cette précision, les lecteurs de O'Connor la reconnaîtront : il est l'un des rares dans la littérature irlandaise à allier un souffle romanesque à la Dickens et un rythme moderne. Redemption Falls l'a fait connaître il y a neuf ans au public français : plongée historique dans l'émigration irlandaise du xixe siècle, il nous décrivait l'exil de ses aïeux. De livre en livre, il a remonté l'histoire de son pays, passant de la grande famine au dramaturge Synge, étrange personnage de Muse.

À la suite de son aîné et concitoyen Colm Tóibín, O'Connor s'est imposé comme l'une des grandes voix de la fiction classique contemporaine. Jusqu'à ce roman qui renouvelle ce que l'on croyait voué au passé, l'épopée du rock, ou cette description du New York des années soixante-dix, qui nourrit aussi le récent City on Fire de Garth Risk Hallberg ou Vinyl, la série de Martin Scorsese. Seulement, O'Connor le compare à une ville de l'Est européen au temps du rideau de fer (nouvelle imagerie nécessaire, Manhattan 74 est en train de devenir un cliché littéraire et cinématographique !).

Joseph O'Connor révèle aussi une nouvelle voix, celle du jeune homme qu'il a été. Il faut lire ce livre comme un tribute, un culte rendu à ce qui a nourri sa jeunesse : la musique. Dans les années quatre-vingt, Joseph O'Connor n'est pas encore le romancier multiprimé d'Irlande, mais un étudiant qui traîne son ennui sur un campus dublinois. Sa petite soeur Sinéad O'Connor n'a pas encore explosé les charts, ils vivent dans un morne anonymat. Il aspire à devenir romancier, cherche autour de lui ce qui offrirait un brin de fantasque à son quotidien. À l'époque, l'Irlande n'est pas le pays le plus branché d'Europe, mais une vaste zone de guerre civile, de puritanisme catholique et d'ennui. Comme toute la jeunesse anglo-saxonne de son époque, O'Connor vénère John Peel, le seul qui, sur la BBC, ouvre une fenêtre sur le rock, lance des groupes inconnus, comme Joy Divison ou The Undertones. Peel apparaît dans le roman, il offre la première chance au groupe, les propulse vers un succès fulgurant et redoutable. Maintenant ou jamais rejoue avec brio un tube des fictions humaines : la lutte pour l'existence d'une jeunesse vouée à l'oubli. La possibilité de fuite s'incarne ces années-là dans un air de Roxy Music, The Thrill of It All, titre original du livre qui nous dit l'excitation de tout ça, le frisson recherché par ces quatre jeunes gens prêts à tout. Le désir d'en être, le désir d'être.

Cette énergie première, O'Connor, de passage à Paris, la dissimule sous une gentillesse et un humour permanent. Avouons-le, cet écrivain est le type le plus cool que l'on puisse rencontrer.

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