Avoir bonne réputation est toujours un très mauvais signe

Philippe Sollers publie L'École du Mystère, roman de pensée et d'inceste. Rencontre avec un écrivain qui refuse la sagesse.
Par Damien Aubel

sollersLe Montaigne du 6e arrondissement est de retour. Comme son illustre compatriote, Philippe Sollers bifurque plus qu'il ne fonce au but. À l'instar d'un navire capricieux (un bateau ivre ?), il a ses allures – et son allure : cette silhouette reconnaissable entre toutes du vieux sage malicieux. On l'aura compris, Philippe Sollers, qui nous reçoit dans sa thébaïde des éditions Gallimard, revendique toujours la même liberté. Celle de dérouter et de se dérouter. De pratiquer la contradiction comme un exercice spirituel permanent. Hygiène intime de l'intellect, jeu de l'esprit, jeux d'esprit. Alors, dans cette École du Mystère, Sollers s'en donne à coeur joie. Il y a la chair (un chapelet de scénarios fantasmatiques avec la soeur-muse, Manon) et les Mystères de la foi : les vieux ennemis de la culture occidentale s'épousent. La « story » et la théorie se rabibochent. Sollers l'entremetteur : son École du Mystère est une noce permanente des contraires. Fusion, mais pas confusion. Sollers sait où il se trouve, et d'où il parle : contre. Contre les corps soumis à la technique, contre le progressisme bien-pensant, contre l'oubli. Mais la contradiction, pour ne pas dégénérer en rumination bilieuse, doit se faire en groupe. Sollers convoque ses vieux camarades : Rimbaud et Baudelaire, mais aussi Heidegger et Spinoza. Contre là encore – mais tout contre – la pensée et la poésie.

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