Antonio Lobo Antunes

Par Fabrice Lardreau

La Rua Conçalves Crespo est une petite impasse en pente située sur les hauteurs de Lisbonne. António Lobo Antunes nous accueille sur le seuil de son bureau -un atelier d'artiste- et nous fait entrer. Une pièce profonde, tout en longueur. La grande porte vitrée filtre le soleil de cette fin d'après-midi qui éclaire timidement les nombreuses toiles accrochées aux murs. Dans un angle, la table de travail de notre hôte, qui apporte les ultimes corrections à son nouveau livre. Il corrige et recorrige, sans cesse. « Il faut travailler, dit-il, mais le lecteur ne doit pas sentir que l'on a peiné... »



António Lobo Antunes s'exprime dans un français limpide, avec calme, simplicité mais détermination. Des silences s'installent ; sa voix est parfois étranglée par l'émotion lorsqu'il aborde son expérience de la guerre en Angola : il bute sur des mots qui semblent s'évanouir, lui échapper pour retourner dans des territoires inaccessibles et incommunicables... Il est rétif aux idées générales, aux théorisations excessives et se méfie des postures intellectuelles. « Il est très important de désacraliser ce métier », insiste cet écrivain qui se considère comme « un homme commun », un homme « parmi les autres ».



Né en 1942 au sein d'une famille de la grande bourgeoisie lisboète, António Lobo Antunes a suivi des études de médecine et s'est spécialisé en psychiatrie (il a exercé à l'hôpital Miguel Bombardas de Lisbonne). Grand connaisseur de la culture et de la littérature française -notamment de Céline, Proust et Flaubert-, passionné par l'oeuvre de Conrad et de Tolstoï, il a commencé à écrire dès l'enfance. Sa participation à la guerre d'Angola, de 1971 à 1973, a bouleversé sa vie d'homme et son destin d'écrivain. « Vous vivez tout le temps avec ça, vous mourez avec ça, ça change votre vie... » À travers ses livres -une vingtaine à ce jour- il a effectué une radioscopie poétique de la société portugaise, marquée par quarante ans de dictature salazariste, mais aussi une plongée impitoyable dans les méandres de la conscience et de l'âme humaine. « La psychiatrie, écrivait-il dès l'ouverture de son premier roman, Mémoire d'éléphant, est l'unique forme sordide de folie qui consiste à surveiller et à persécuter la liberté de la folie d'autrui ».



Écrivain mondial de tout premier plan, António Lobo Antunes a la rare capacité, combinée avec une recherche formelle constante, d'exprimer la foule et l'individu, les grands mouvements de l'Histoire et les drames personnels.







Le grand entretien n'est pas diponible en ligne

Retour | Haut de page | Imprimer cette page
 
Abonnez-vous au Club Transfuge !