Wong Kar-Wai

Cinéaste de la mélancolie
Par Anonyme

En une dizaine de films, le réalisateur hogkongais a imposé sa marque: des réalisations ou l'esthétique prime sur les personnages, automates condamnés à vivre des histoires déjà vécues. Jusqu'à l'apothéose: In the mood for love, grand succès de Wong Kar-Wai. Alors que ressort sur les écrans Les cendres du temps, son film tourné en 1996, dans une version restaurée, Transfuge l'a rencontré et lui consacre un dossier.



Même lorsqu'il ne présente pas un film en compétition, Wong Kar-Wai demeure la star du Festival de Cannes. Présent cette année pour la réédition de son troisième film, Les Cendres du temps (1994), dans une version complètement restaurée et remontée, le cinéaste hongkongais est entouré en permanence d'une nuée d'admiratrices et de midinettes qui ne le lâchent pas d'un pouce. Les attachés de presse et men in black tentent de contrôler l'intense agitation provoquée par le moindre geste du réalisateur d'In the Mood for Love dans le pavillon qui lui sert de refuge sur la Croisette. Aussi élégant que ses personnages, le dandy aux lunettes noires demeure calme et souverain, ne relâchant jamais son sourire ultrabright dans l'étuve cannoise.

Il suffit pourtant de découvrir cette nouvelle version d'une adaptation très personnelle d'un roman d'arts martiaux (La Légende du héros chasseur d'aigles de Jin Yong, éditions You-Feng) pour mesurer combien cette aisance mondaine apparente, ce sourire un peu mécanique dissimulent une incompressible mélancolie. C'est que le temps, chez Wong Kar-Wai, semble s'être arrêté pour toujours. Les Cendres du temps apparaît ainsi comme un jumeau lointain de 2046, dont il présente déjà toutes les caractéristiques : amours diffractées dans un espace-temps froid et labyrinthique, écoulement cyclique des saisons, ronde du souvenir qui transforme le monde en ballet triste et multicolore de fantômes. Sous l'histoire (un homme isolé dans une montagne organise des contrats avec des tueurs), le film s'apparente à une rêverie d'opiomane où s'agrègent les visions hallucinées.

Et la nouvelle version, raccourcie de vingt minutes, accentue encore cet effet d'hypnose : impossible désormais de s'y retrouver dans la multiplicité des voix, des visages qui se décollent de fonds saturés de couleurs chaudes ou qui s'extirpent au contraire d'une nuit de ténèbres. Cet extraordinaire théorème plastique, proche de l'abstraction, qui succède dans le temps aux Anges déchus et à Nos Années sauvages, deux films beaucoup plus ancrés dans le présent, livre plusieurs clés pour l'oeuvre à venir de Wong Kar-Wai. Que le cinéaste y revienne aujourd'hui, alors qu'il semble enfin sorti de son cycle In the Mood for Love, n'est évidemment pas anodin. On peut lire dans ce choix un retour aux sources qui annonce un nouveau départ dans la carrière du plus scintillant dandy du cinéma de Hong Kong. 



- L'interwiew



- L'oeuvre du maître par vincent Malausa et François Bégaudeau



- In the Mood for love, le succès mondial, par François Bégaudeau



- Un univers d'automates, par Jean-Sébastien Chauvin



- Wong Kar-Wai VS Tsui Hark Par Vincent Malausa







Le dossier n'est pas disponible en ligne

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