Rentrée littéraire française

Par Dossier coordonné par Vincent Jaury et Oriane Jeancourt Galignani

rentrée littéraire française
Ils sont quinze, les romans français à lire d'urgence en cette rentrée. De l'aventure post-soviétique d'Antoine Volodine à l'excursion historique de Patrick Deville, de l'hymne au voyage de Laurent Mauvignier à la fantaisie de Julia Deck, découvre ces quinze écrivains qui époustouflent la rentrée littéraire.

Bonne nouvelle, une très belle rentrée française s'annonce. Les grands noms sont au rendez-vous, Patrick Deville, Antoine Volodine. Mais Transfuge se penche aussi sur de passionnants outsiders de septembre. 

Volodine, Deville, le choix du roi

Viva et Terminus radieux sont nos deux livres favoris de la rentrée. Les seuls qui ont fait l'unanimité de notre équipe rédactionnelle, bande à l'oeil torve, lisant le couteau entre les dents, traquant le cliché, l'ennui, la lourdeur, la paresse, l'opacité qui les rendraient impitoyables. Des critiques littéraires, donc, qui, face au récit mexicain de Patrick Deville, Viva, où se croisent Trotski et Lowry, et l'apocalyptique Terminus radieux d'Antoine Volodine, ont non seulement posé leurs armes, mais aussi salué l'énergie tenue de bout en bout, l'ambition, la modernité de ces deux écrivains si conscients d'une histoire en train de se faire, d'un xxe siècle qui pourrait annoncer notre avenir. Deux bâtisseurs raffinés qui nous donnent dans ce numéro le secret de leurs romans.

Réel ou fiction, nos coeurs balancent

Si vous fréquentiez une terrasse entre Saint-Lazare et Clichy au mois d'août, vous avez peut-être entendu le débat suivant.
D. s'emporte, un diabolo menthe à la main : « Haha, nous assistons enfin à l'apogée de la nonfiction ! Je l'avais bien dit, c'en est fini de ces romans d'imaginaire, archaïsme du xixe, le réel, le fait a vaincu, regardez Patrick Deville et ses archives, Caroline de Mulder se penchant sur la vie d'Elvis, Philippe Bordas sur les traces de Zidane. Le renouveau passe par le document... » 
(D'autant plus excité qu'il subit depuis plusieurs semaines sur Facebook les photos de vacances des autres, du Cap Ferret à l'Afrique du Sud...)
V. lui rétorque, tout aussi énervé de ne pas étrenner ses méduses de plastique vert : « Enfin, une littérature sans fiction, ça n'a aucun sens. Tu vois bien que Deville, Bordas, Gaëlle Josse lorsqu'elle part sur les traces du dernier gardien d'Ellis Island, écrivent, construisent de telle manière qu'ils  transforment le document. C'est au contraire unesacrée victoire de la fiction... » 
La rentrée 2014, ou la f in du combat imaginaire/réalité ? À voir, à voir...

À vos marques.

C'est encore lui qui va sonner le glas de la rentrée littéraire : le Goncourt, que notre bande de critiques attendra comme un groupe de junkies, leur rail de Noël. Les pronostics s'ébauchent, les rumeurs se décantent. Un nom est sur toutes les lèvres, Emmanuel Carrère bien sûr et son Royaume, qui pourrait être le sésame de celui des Goncourt. Mais il y en a d'autres qui se bousculent autour de lui : Olivier Adam, Frédéric Beigbeder, Éric Reinhardt, Patrick Deville, Laurent Mauvignier, tous goncourisables (pardon pour cet adjectif ignoble), tous prêts à relever le défi de Pierre Lemaître qui cet été poursuit ses ventes faramineuses. Mais si l'on en juge à ce dernier Goncourt, les outsiders pourraient être de la partie. Les inconnus, les femmes, les premiers, deuxièmes, troisièmes romans vont peut-être réussir à se faire une place dans cette rentrée qui serait alors moins prévisible que ce qu'elle laisse croire...

La fin du monde aura donc lieu

Si vous lisez ces lignes, c'est que vous avez survécu aux joyeusetés de l'été – rituelles hécatombes autoroutières, embrasement israélo-palestinien, apéros au rosé avec belle-maman et autres avantgoûts de la catastrophe planétaire. Pour fêter ça, on se jettera sur le livre de Laurent Mauvignier, Autour du monde, qui démarre sur l'air des grandes orgues du tsunami de 2011. Et on se reprendra une petite louche d'apocalypse avec Terminus radieux, qui réinvite, dans le contexte d'un désastre nucléaire, les vieux démons de la chute d'un monde, en l'occurrence le bloc soviétique, sur le mode de l'uchronie. Pas question de céder au nihilisme : il s'agit simplement de rappeler qu'un des premiers devoirs de la littérature est la lucidité. Celle, courageuse, qui consiste à regarder le monde tel qu'il est : fragile et périssable.

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