NOIR SUR BLANC, 30 ans au sommet

Le 3 avril, les éditions Noir sur Blanc célébraient leurs trente ans à Lausanne. Une fête en cachant une autre, le lendemain, c'était la Fondation Jan-Michalski pour l'écriture et la littérature qui officialisait l'ouverture de sa résidence d'écrivains. O
Par Damien Aubel

fondation11h57. Le train quitte la gare de Lyon, ruisselante d'un soleil printanier. Départ ponctuel : ça tombe bien, on se rend justement dans le fief de l'horlogerie millimétrée, en Suisse, à la double faveur des trente ans des éditions Noir sur Blanc et de l'ouverture des résidences d'écrivains de la fondation Jan-Michalski pour l'écriture et la littérature. On regarde le type assis à côté de nous : belle tête sculpturale aux faux airs de Romain Gary, plongé dans la lecture des Corps clairvoyants  de Jacques Dupin. Gary l'Européen, la poésie : on se défend d'être superstitieux, mais rétrospectivement, on décèle un présage. Car la maison d'édition de Vera Michalski, mais aussi la fondation baptisée du nom de son mari redonnent toutes leurs lettres de noblesse à un mot passe-partout viré automatisme journalisticopolitique, celui d'ouverture. A tous les styles, au-delà de toutes les frontières. Sans doute estce le sens secret de la croix blanche helvète, idéogramme du carrefour, du point nodal où tout converge.

Confirmation dès que débarqué en gare de Lausanne, où le temps s'accélère. Passage express à l'hôtel Aulac, à peine le temps d'admirer la vue (le mot “imprenable" semble avoir été inventé pour le coup d'oeil de notre chambre sur le lac Léman : vaste, rutilant sous la généreuse lumière zénitale), qu'un taxi nous happe au vol. Direction : le musée de l'Elysée, coquette bonbonnière architecturale qui abrite un des hauts-lieux de la photo en Europe, et dont la directrice, l'enthousiaste et pimpante Tatyana Franck nous fait les honneurs d'une visite privée. Au menu : quelques mots sur Plateforme10, futur coeur battant muséal de Lausanne, qui fera convoler photo, design et beaux-arts en juste noces d'ici quelques années, puis un tour d'horizon de l'expo en cours, “Sans limite. Photographies de montagne", à des lieues de la tentation de la carte postale, ou de la joliesse du paysage pour murs de lofts de bobos. On découvre un panorama à couper le souffle, qui va des pionniers de la photo des cimes à un Nicolas Bouvier (fils de, oui, oui), qui conjugue les techniques et les approches, transformant tel cliché en vision quasiment abstraite, tel autre en vignette d'un roman d'aventures rêvé. Et, surtout, on a droit à une descente dans le saint des saints, dans les caves où s'alignent, dûment étiquetés, les trésors des collections du musée, de René Burri à Ella Maillart.

On a à peine le temps de se remettre de l'ivresse des cimes qu'il faut longer au pas de course le LacLéman et s'engouffrer dans le théâtre de Vidy, oùl'on cause autour d'une clope et d'un verre devin suisse avec David Bosc et Christophe Mileschi, traducteur d'Ascanio Celestini, érudit ès matières littéraires transalpines, mais aussi performer punk dans l'âme, comme on pourra le constater au cours de cette soirée anniversaire dont les trois coups sont sur le point de résonner. En gagnant notre place, on échange quelques mots avecDorota Maslowska, l'enfant terrible des lettres polonaises (primo-écrivains, prenez note, elle nous confie sa recette pour échapper à l'angoisse du deuxième roman et à la pression des attentes : ne pas fréquenter Facebook...)

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