Les romans du nazisme

10 romans incontournables - Le roman de Martin Amis qui fait polémique - Shoah : ces romans impostures
Par Dossier coordonné par Vincent Jaury et Oriane Jeancourt Galignani

dossier 82En aura-t-on un jour fini avec le nazisme en littérature ? Pas sûr, puisqu'on publie chaque année de nouveaux romans sur le sujet. De Thomas Pynchon à Martin Amis, les écrivains de tous bords s'emparent de l'Allemagne nazie et de la Shoah pour signer de puissantes fictions. D'autres, en France, signent cette année des romans moins convaincants sur le sujet, mais qui connaissent le succès. Tous s'inscrivent dans les pas d'illustres prédécesseurs, d'Alfred Döblin à Robert Merle, de Vassili Grossman à Jonathan Littell. Retour sur une littérature qui s'interroge, au moins depuis 1933, sur cette idéologie du meurtre de masse.

illustrations Rocco

Refuser le monstre

Le nazisme et la littérature, une question ancienne aujourd'hui reposée par le roman de Martin Amis, The Zone of Interest, et l'essai passionnant de Johann Chapoutot, La Loi du sang. Deux livres qui traitent les nazis en hommes et non en monstres.

Ecrire après les témoins et les historiens. Se mettre dans la peau d'un tueur, faire le roman de l'horreur génocidaire, de cette gigantesque entreprise de destruction, de conquête, d'éradication que fut le nazisme. C'est une tentative que beaucoup d'écrivains ont poursuivie depuis 1933. Robert Merle, Bohumil Hrabal, Edgar Hilsenrath, Ödön von Horváth, mais aussi Brecht, Jonathan Littell plus près de nous ont ouvert la voie. Laquelle ? Celle qui refuse de faire du nazi un monstre, et qui plonge, par la fiction, au coeur de l'idéologie qui a permis à des hommes ordinaires de devenir des assassins. Comme l'explique dans notre dossier l'historien Johann Chapoutot, auteur de La Loi du sang, fruit d'un immense travail de recherches qu'il vient d'achever sur la vision du monde nazie, les exécutants du IIIe Reich étaient certes habités par une idéologie commune, mais aussi par des références singulières et des motivations multiples.

Ainsi, il n'est plus question de suivre l'exemple d'Hannah Arendt, de chercher à identifier un trait commun à ceux qui commettent le mal. Mettre cette diversité humaine en fiction, refuser le monstre pour faire du nazi un homme parmi les hommes, ridicule et pitoyable, c'est aussi ce que fait aujourd'hui Martin Amis dans The Zone of Interest, paru en anglais à la rentrée et à paraître en français en septembre 2015 chez Calmann-Lévy. Écrire sur le nazisme en 2014 implique d'interroger la mémoire de la Shoah, sa possible représentation, question qui se pose à nous à chaque rentrée littéraire face à l'abondance de romans qui traitent de ce souvenir et salués pour leur contenu, sans qu'un instant on ne s'interroge sur leur nécessité ou leur esthétique. Transfuge n'emboîte pas le pas à cette passion collective de la Seconde Guerre en proposant quelques conseils de lectures made in IIIe Reich, mais s'oppose justement aux figures faciles, attendues, des descendants de Papa Schultz et aux figurants hollywoodiens à svastikas aux bras, d'un Mal artificiel. Mais peut-être le cas du livre de Martin Amis, le débat qu'il provoque par ce qu'il est et par le refus qu'il a essuyé en France de la part de son éditeur historique, Gallimard, et de la part de son éditeur en Allemagne, Hanser Verlag, cristallise au mieux les enjeux de notre dossier.

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