Le revival du roman western

Par Dossier coordonné par Vincent Jaury

dossierwesternFoin des poor lonesome cowboys et autres images d'Épinal : la collection dirigée par Bertrand Tavernier chez Actes Sud est fidèle à son titre, elle nous plonge dans « L'Ouest, le vrai ». Un Ouest peuplé de soldats et d'Apaches, d'éclaireurs et de chasseurs. Tout un monde foisonnant qui cherche sa place dans des paysages âpres et changeants qui sont autant de parcelles d'infini ou de sauvagerie. Mais surtout un Ouest littéraire. Car le lecteur français arpente lui aussi, à l'image des pionniers, un territoire neuf. Celui que dessinent les oeuvres de grands écrivains : A. B. Guthrie, Ernest Haycox, Tom Lea, W. R. Burnett. En selle !

illustration d'ouverture Antoine Moreau-Dusault

Bertrand Tavernier et le western, c'est presque un pléonasme. Rencontre érudite et passionnée avec le maître d'oeuvre de la série L'Ouest, le vrai, la collection de romans western d'Actes Sud.

Damien Aubel: Comment expliquer qu'il ait fallu si longtemps pour découvrir en traduction française ces classiques du western, alors que le polar a depuis longtemps pignon sur rue chez nous ?

Bertrand Tavernier: Le manque de curiosité, l'ignorance expliquent beaucoup de choses. Les romans de western étaient considérés comme de la littérature de second ordre, destinée aux enfants, et les quelques livres publiés – L'Homme des vallées perdues, La Flèche brisée, Hombre, L'Étrange Incident – n'étaient jamais reliés au genre. C'étaient des publications isolées et guère étudiées alors qu'il s'agit de romans passionnants. Le polar a bénéficié de parrains littéraires prestigieux, de Prévert, qui aurait trouvé le titre Série noire, à Cocteau, Sartre. Le nihilisme désenchanté de certains polars semblait en prise avec l'époque. Chandler, Hammett et le Burnett de la Série noire ont été pris au sérieux, analysés. Pour le western, il fallait aller au-delà des apparences, oublier les préventions, la vision folklorique. De plus, les cinéphiles passionnés de westerns ne s'intéressaient guère aux romans adaptés, pour la plupart introuvables en France. En lisant en anglais certains livres, j'ai été frappé par leurs qualités littéraires qui étaient souvent reconnues aux États-Unis. Ce qui déterminait parfois le style de certains de ces romans, c'était l'endroit où ils étaient publiés. Haycox, en passant au Saturday Evening Post, devient nettement plus ambitieux, raffiné, abandonnant le style pulp demandé par les revues qui l'éditaient. Certains textes sont d'authentiques chefsd'oeuvre.

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