Rencontre avec Paul Otchakovsky-Laurens

Par Damien Aubel
le Mardi 28 Novembre 2017

pol

A l'occasion de la sortie de son film, Editeur, rencontre avec Paul Otchakovsky-Laurens, fondateur des éditions P.O.L Portrait de l'homme derrière l'oeuvre de ses écrivains. 
 

P.O.L Un simple trio de lettres, en guise d'estampille éditoriale. Une couverture blanche, rainurée, reconnaissable entre toutes. Trompeuse simplicité. Le catalogue de la maison pratique l'art du contrepied, alignant poids lourds des hit-parades littéraires – Emmanuel Carrère, Marie Darrieussecq – et entreprises plus confidentielles, de Marc Chodolenko à Michel Manière. A l'image de P.O.L, l'homme derrière les initiales, Paul Otchakovsky- Laurens, qu'on rencontre un jour polaire d'automne dans son vaste appartement inondé de lumière dans le IXe arrondissement. Sorti du tunnel d'une grippe coriace, P.O.L ne semble pas affecté. Mise sobre, parole cordiale et précise, il joue le jeu, répondant sans ambages à nos questions. Mais il y a ces yeux verts, à l'étrange et perçante intensité. Mais il y a ce film, son deuxième, Editeur, à des lieues de la banale autobiographie filmée. N'y apparaît-il pas, alternativement, sous ses propres traits mais surtout sous ceux d'une grande poupée d'enfant, conçue par Gisèle Vienne, en chemise à carreaux, au visage à la fois absent et très expressif ? C'est tout P.O.L : un art du détour, une façon de se donner par procuration, d'être toujours un peu à côté. 

Né en 1944, très tôt orphelin de père, sa mère le confie à sa cousine, Berthe, qui l'adopte. Un début dans la vie troué par un point aveugle, ou plutôt muet, qu'il circonscrit dans son premier film Sablé-sur-Sarthe, Sarthe et aussi dans Editeur. Car c'est là, à Sablé-sur-Sarthe, chez Berthe, qu'encore enfant, il est confronté quelque chose. Quoi, il ne le dira jamais vraiment, on comprend que ça a trait à la sexualité, qu'il s'agit d'un abus, mais ce n'est pas ça qui compte : « ce qui m'a le plus frappé dans cette histoire, c'est le fait de rester muet. » Comme une façon d'en parler par la bande. Rien d'étonnant, dès lors, si POL aime tant Jean Reverzy, qui écrivait « le seul poids d'un stylo me brisait le poignet », mais qui a su surmonter cette pesanteur pour écrire, ou encore Jean Cayrol, qui s'est colleté avec l'indicible des camps... 

Mais P.O.L, lui, parle plutôt par procuration, de façon détournée. On lui cite ce passage du film où, s'adressant à Marc Chodolenko, il confesse « Marc, je me suis servi de toi. » Il reconnaît « cette espèce d'enjeu plus secret qui était celui de faire parler les autres à ma place. » De l'édition comme art de porter la parole, la sienne et celle d'autrui...

Photo Franck Ferville

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