Rencontre avec Ivan I. Tverdovsky

Par Damien Aubel
le Mercredi 15 Mars 2017

ivanRencontre avec Ivan I. Tverdovsky, qui réalise une troublante fable sur la métamorphose d'une femme, Zoologie

 

Damien Aubel : On pense spontanément à Elephant Man devant Zoologie. Vous aviez ce film en tête ?

Ivan I. Tverdovsky : Je me rappelle très bien le film de David Lynch, mais je ne dirais pas qu'il est à la source de l'inspiration de Zoologie. Il me semble que Splice de Vincenzo Natali ou les premiers films de Guillermo del Toro seraient des références plus exactes. Mais ce sont les récits de Nicolas Gogol qui ont été ma principale influence, en particulier « Le Nez ».
 

D.A. : Le film franchit la ligne de démarcation entre l'animal et l'homme...

I.T. : Très souvent, les animaux sont plus « humains » que les hommes. Ils ont plus de compassion. Les gens sont vraiment des primates, au coeur dur, cruels et très égoïstes, mais ils sont persuadés qu'ils sont des êtres supérieurs. Seulement parce qu'ils sont des hommes...

D.A. : Vous avez tourné plusieurs documentaires. Ontils nourri Zoologie ?

I.T. : J'adore le documentaire et la fiction, mais je fais une différence entre les deux. Lorsque je travaillais sur Zoologie, je montais un documentaire, et les deux démarches étaient complètement séparées. Cela dit, j'aime beaucoup cette approche documentaire, qui consiste à suivre mes personnages sous plusieurs angles, mais la fiction reste de la fiction, et les deux genres ne se chevauchent pas.

D.A. : La Russie d'aujourd'hui, telle qu'elle apparaît dans votre film, est un mélange de déshumanisation et de superstition...

I.T. : Je constate que des tendances étranges, dangereuses, sont à l'oeuvre dans la société actuelle. Je me dis parfois qu'il y a peut-être effectivement des forces occultes en jeu... J'ai la chance de vivre dans une grande ville très dynamique, de fréquenter des gens ouverts d'esprit. Mais ces derniers ont un mode de vie à part, restent à l'écart de la société telle que nous la connaissons : ils n'empruntent pas les transports en commun, ne participent pas aux débats religieux et politiques, se rendent au théâtre, visitent les musées... Quand on vit dans une petite ville de province, comme Natacha dans Zoologie, ça devient passablement compliqué...

D.A. : Cette queue qui pousse à Natacha pourrait être un appendice simplement monstrueux, mais elle devient érotique...

I.T. : Pour moi, c'est un réveil printanier. Le réveil des sentiments chez un être humain. Un miracle qui ne peut avoir lieu que lorsque l'espoir et l'amour sont présents.

D.A. : Le personnage de Natacha n'est pas un personnage facile à jouer. Comment avez-vous procédé avec votre actrice ?

I.T. : Le rôle de Natacha est extrêmement difficile et compliqué. Il nous a fallu surmonter bien des difficultés. L'actrice, Natalya Pavlenkova jouait dans mon court métrage de fin d'études et dans Classe à part. S'il n'y avait pas entre nous cette entente profonde, mutuelle et souvent tacite, nous n'y serions jamais arrivés. Je n'ai même pas essayé avec une autre actrice : Zoologie ne pouvait marcher que grâce au lien magique, surréel, qui me relie avec Natalya.

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