Rencontre avec Claudio Giovannesi, à l'occasion de la sortie en salle de Fiore, un très beau film autour de l'adolescence.

Par Sidy Sakho
le Mercredi 22 Mars 2017

giovanessiSidy Sakho : Pouvez-vous nous présenter Daphné, le personnage principal de Fiore  ?

Claudio Giovannesi : C'est une jeune fille qui va découvrir l'amour dans un lieu où il est interdit, une prison mixte pour mineurs de Rome. Aucun type d'amour, qu'il soit entre garçons et filles ou homosexuel, ne peut s'y exprimer librement. Au départ, Daphné recherche surtout l'amour de son père, mais elle va en découvrir un autre dans cet endroit, en rencontrant Josh.

S.S. : Les jeunes acteurs du film viennent-ils de ces établissements ?

C.G. : Certains, oui. J'ai choisi des adolescents qui connaissaient la prison pour accéder à plus de réalisme, pas en termes de mise en scène mais de connaissance des sentiments dans la prison. Cependant, Daphné Scoccia, si elle ressemble à son personnage au niveau du caractère, était, elle, serveuse dans un restaurant en face de nos bureaux, quand on l'a découverte. La première chose qui nous a captivés chez elle, c'est son visage très intense, susceptible de refl éter le passage de tous les types de sentiments. Elle n'a pas fait de prison parce qu'elle a eu de la chance (rires), mais a vécu beaucoup d'expériences.

S.S. : On aime beaucoup dans votre mise en scène la manière dont vous faites communiquer Josh et Daphné à distance, sans se toucher.

C.G. : Tout part de là. Pour l'écriture, nous avons passé six mois dans cette prison mixte, pas pour faire un fi lm sociologique mais pour connaître la manière dont ces jeunes vivent l'amour dans ce lieu. Aujourd'hui, quand on est libre, on communique via les textos, les réseaux sociaux... Dans ces établissements, on se remet à communiquer comme au moyen-âge, par le croisement des regards, par des lettres écrites à la main. C'est très romantique. Tout ce que nous montrons est vrai. Lorsque l'on travaille en cuisine, comme Daphné, on peut se rapprocher des garçons et faire passer des mots à travers le chariot alimentaire. Pour fi lmer une histoire d'amour, on doit aussi s'intéresser aux obstacles.

S.S. : Le personnage du père, Ascanio, est très touchant. On le sent plein de bonne volonté. Il veut communiquer avec sa fi lle mais n'y arrive pas.

C.G. : Beaucoup d'adolescents de ces établissements ont des parents qui ont fait de la prison ou y sont encore. Il y a comme une hérédité de la criminalité. Comme un fi ls de boulanger a des chances de prendre la relève de son père, ces enfants ont presque malgré eux suivi la voie de leurs parents. Il y a ici un paradoxe entre le père et la fille. Ascanio a passé huit ans enfermé et doit maintenant recommencer à vivre. Il a une nouvelle femme, une nouvelle famille mais a peur de sa liberté. Quand il retrouve Daphné, elle est éprise de liberté, veut sortir de prison. D'où leur relation complexe.

S.S. : Peut-on voir la scène finale, très anticonformiste, comme un happy end ?

C.G. : A ce moment précis, nous vivons avec Daphné et Josh leur possibilité d'être ensemble pour la première fois. Si les adultes ne cessent de se projeter, penser aux conséquences de leurs actes, seul le présent compte pour les jeunes, la liberté offerte par le moment, qu'importe s'ils doivent le payer par la suite. On peut parler de happy end  provisoire.

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