Rencontre avec Benoît Lange

Par Nathalie Dassa
le Mardi 07 Novembre 2017

langeJack Preger est devenu une icône grâce à La Cité de la joie. Mais qui est véritablement ce médecin de Calcutta, à l'origine du mouvement international, la « street medecine »? Benoît Lange lui consacre un documentaire passionnant.  

Nathalie Dassa : Jack Preger a longtemps refusé que vous lui consacriez un documentaire. Comment avez-vous réussi, Benoît Lange, à le faire changer d'avis ?

Benoît Lange : J'y suis parvenu de manière partielle. Je suis un acharné comme lui. Je voulais un documentaire qui parle de l'homme. Car même après trente ans à ses côtés, je suis toujours dans l'incapacité de savoir ce qui le motive. Jack est quelqu'un de très déchiré, torturé, secret. Je voulais un témoignage de sa bouche et non des personnes qui l'ont croisé. Pendant des années, il ne l'entendait pas, car il ne voulait pas être au devant de la scène. Il a fini par l'entendre lorsque j'ai évoqué ses enfants : « Si tu ne le fais pas pour nous, pour moi ou pour les gens qui croient en toi, fais-le pour eux ». Jack a quatre enfants et c'était important de leur laisser un héritage et de leur expliquer pourquoi, un jour, il les a abandonnés pour Calcutta.

Nathalie Dassa : Et vous, qu'est ce qui vous a donné envie de tout lâcher et de le suivre ? Car vous témoigniez déjà de son travail en 1989 dans votre premier livre photographique, adapté ensuite en documentaire.

Benoît Lange : Jack a donné un sens à ma vie. Il m'a embarqué dans une histoire à laquelle je n'étais pas préparé. Il m'a permis de devenir photographe. Nous avons ce caractère en commun qui consiste à terminer ce que nous commençons. Et avec le temps, j'ai fini par le remplacer dans ce qu'il ne veut pas faire : aller au devant des médias. Il y a un accord tacite entre nous. Et c'est ce que montre le film. Après le livre, j'ai voulu mettre en lumière cet homme génial et ce travail fabuleux. Qu'il ne reste pas dans l'ombre de Mère Teresa ou de l'engagement social.

Nathalie Dassa : La photographie et la musique sont superbes. Quelles étaient vos intentions de départ ?

Benoît Lange : Camille Cottagnoud est un caméraman de l'immersion. Il fut d'emblée mon choix pour la photographie. Son approche était primordiale. Il a travaillé avec deux focales fixes (un grand angle et une focale fixe très courte) qui servent le sujet car elles permettent de rentrer à la fois dans l'intimité de la ville et de la vie de Jack. La musique a été plus compliquée. La première version de François Bernheim était trop enjouée. Nous avons donc fait venir un second compositeur, Kevin Queille, qui a apporté toute cette modernité, ce style à la Yann Tiersen ; c'est pesant et léger en même temps.

Nathalie Dassa : Qu'a pensé Jack Preger de votre film ?

Benoît Lange : Après la première projection, il n'a rien dit. Mais lorsqu'il est rentré à Calcutta, j'ai reçu un court SMS de sa part : « Thank you for the movie ». C'est sa manière de contenir et de livrer ses émotions.

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