Rencontre avec Argyris Papadimitropoulos, réalisateur de Suntan. Ou l'envers du Sea, Sex and Sun...

Par Nathalie Dassa
le Mercredi 31 Mai 2017

argyrisNikos, la quarantaine pas très séduisante, est pris dans le tourbillon des affects et des sens au contact de la jeunesse hédoniste de l'île d'Antiparos, en Grèce. Le réalisateur Argyris Papadimitropoulos filme une fable cruelle, à la fois lucide et dionysiaque, sur l'âge et le corps.

Nathalie Dassa : Vous évoquez Michel Houellebecq dans vos influences. Qu'est ce qui vous a inspiré dans ce récit?

Argyris Papadimitropoulos : Dans Extension du Domaine de la Lutte, Houellebecq oppose deux catégories de personnes, qui dépassent les distinctions habituelles (riches, pauvres, beaux, laids.). Il sépare ceux qui ont accès au plaisir de ceux qui n'y ont pas accès. Depuis l'âge de seize ans, je passe mes vacances sur une île grecque qui me procure beaucoup de plaisir. Après avoir lu ce livre, j'ai commencé à observer les gens et à les séparer de la même façon. Ce fut comme un jeu pour moi. J'ai ensuite réfléchi à l'histoire, celle d'un homme sur cette île qui, via son travail de médecin, a accès aux corps. Il devrait avoir accès au plaisir mais reste finalement en retrait.

N.D. : Le travail sur la réalisation, la photo et la musique rend votre film très envoûtant jusqu'au dernier acte qui plonge le personnage dans la folie. Quelle a été votre approche de départ ?

A.P.  : Je suis heureux de vous entendre dire cela car c'est ce que je voulais. Par le cadrage, la mise en scène, la musique et le montage, j'ai voulu créer cet état de transe très dionysiaque. Oui mon film est dionysiaque. Je voulais montrer aussi que s'amuser passe par toutes ces phases, et pour un individu non initié, cela peut l'entraîner vers la folie.

N.D. : Comment avez-vous choisi vos acteurs ?

A.P.  : Makis Papadimitriou est un acteur populaire en Grèce mais jusque-là, il n'avait joué que des rôles comiques. J'étais persuadé que cela fonctionnerait. On ne devrait pas séparer les acteurs dramatiques et comiques quand ils sont talentueux. Pour Elli Tringou, ce fut plus compliqué. Je ne voulais pas d'une actrice expérimentée. J'ai casté une centaine de candidates issues des écoles d'art dramatique. Jusqu'au premier jour du tournage, je n'étais pas sûr de mon choix mais dès qu'elle a joué la première scène, j'étais confiant.

N.D. : Avez-vous rencontré des difficultés de production en tournant au plus fort de la saison touristique à Antarios, l'île de votre enfance ?

A.P.  : La décision fut osée et extrême, mais le pari était de devenir justement transparent. Cette plage de nudistes et ces bars ne peuvent être filmés que dans ces conditions. Je n'aurais jamais eu le budget pour monter un décor. C'est donc un pari gagné, avec moins de cinq cent mille euros car nous n'avons obtenu aucune subvention. Tout est venu de fonds privés.

N.D. : Quel regard portez-vous sur le cinéma grec ?

A.P.  : Nous vivons un moment important. Beaucoup de bons films sortent. Il y a de la création, de la solidarité et même un regain d'intérêt de la part des festivals internationaux. C'est difficile de concevoir des films car il n'y a aucune priorité pour le culturel. Le pays s'enfonce, mais le cinéma se porte bien. Lorsqu'on se retrouve sans aide ni soutien, on fait face à la décision de se lancer malgré tout et de se débrouiller.

N.D. : Pouvez-vous aborder vos prochains projets ?

A.P.  : Je suis en train d'écrire une histoire avec un scénariste anglais. Il s'agira probablement d'un film anglophone en Grèce. Et toujours centré sur une romance ratée avec des   jeunes,  j'aime vivre comme un adolescent.

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