Rencontre à Los Angeles avec l'admirable Christian Bale, acteur principal d'Hostiles.

Par Jean-Paul Chaillet
le Mercredi 14 Mars 2018

baleCet univers du Far West et des Amérindiens vous était-il familier ?

Non, d'autant que je suis Anglais et que ce n'est pas quelque chose qu'on étudie à l'école. Nous avons fait énormément de recherches et j'ai aussi eu la chance de pouvoir me plonger dans cette culture dont j'ignorais tout grâce à Phillip Whiteman, un authentique chef des Cheyennes du nord qui a été notre conseiller et notre guide avant et pendant le tournage. Il a eu un grand impact sur moi. Un personnage fascinant, élégiaque et touchant, qui m'a initié à cet univers. Pour commencer il m'a expliqué la différence entre la nature circulaire de la croyance des Cheyennes et celle, considérée comme linéaire, des Blancs comme Blocker. Et en dépit d'un scepticisme initial, on se rend compte que ces pratiques a priori déconcertantes vous aident vraiment à mieux vivre au jour le jour, à garder l'espoir face à l'adversité et aux mauvaises nouvelles qui nous assaillent.

Le film s'ouvre avec une citation de D. H. Lawrence : « L'âme américaine est dure, solitaire et stoïque : c'est une tueuse. »

Ce qui s'applique idéalement à mon personnage. Blocker est l'incarnation d'un certain type d'homme, taciturne, peu loquace, aux idéaux bien définis. Il est motivé dans ses actions par cette haine innée des Amérindiens profondément ancrée en lui causée par les atrocités commises contre les Blancs dont il a été témoin au cours de sa carrière. Des sauvages comme ils les appellent, il en a tué beaucoup. Sans regret. Au contraire. Pour lui, c'est une race à éradiquer. Un obstacle à l'accomplissement de la conquête de l'Ouest et la grandeur du pays. Mais au cours du voyage et au contact de Yellow Hawk, il va commencer à s'humaniser progressivement, à faire preuve de compassion, et même d'amour. Même si, sans vouloir trop en dire, je n'étais pas favorable à la fin choisie par Scott. J'ai essayé de le convaincre en vain que Blocker ne devait pas monter dans le train, qu'il fallait que le spectateur reste dans le doute et l'inconnu sur son sort. Mais quand j'ai vu le film terminé, j'ai compris qu'il avait eu raison et que cela rendait cette fin encore plus poignante. 

Vous avez vraiment appris à parler cheyenne ?

Mais oui. Avec Scott nous avions décidé en amont que c'était indispensable dans certaines scènes. Car cela aurait été logique pour un soldat comme Blocker après tant d'années passées dans ces territoires au contact de ces tribus amérindiennes. Quel pied de pouvoir apprendre ce langage que très peu de gens peuvent comprendre de nos jours. Au départ je pensais qu'il me suffirait de me débrouiller phonétiquement pour mes dialogues. Mais Chief Phillip a refusé ! J'ai essayé en vain de le faire changer d'avis car nous avions si peu de temps pour nous préparer. J'ai fini par comprendre qu'il me testait, qu'il lui tenait à coeur que je m'imprègne d'abord au mieux de l'essence de sa culture et de son peuple. Et puis finalement il a jugé que j'étais prêt et les cours ont pu commencer ! C'est une langue très belle, mélodieuse. Chaque matin avant de démarrer la journée de tournage toute l'équipe se réunissait devant lui pour assister à une bénédiction, assorties parfois d'incantations notamment lorsque nous nous trouvions sur des lieux sacrés. C'était très émouvant de voir en larmes les cow-boys endurcis qui s'occupaient de nos chevaux au quotidien.

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