Où en est l'Amérique – celle d'aujourd'hui, mais aussi celle des seventies ? C'est la question que se pose Jean-Baptiste Thoret dans We Blew It.

Par Antoine de Baecque
le Mardi 07 Novembre 2017

 

thoretAvec le documentaire We Blew It,  Jean- Baptiste Thoret, qui tenait avec brio la chronique des films dans Charlie Hebdo  et le micro-cinéma sur France Inter, plonge dans les entrailles de l'Amérique pour en révéler la mythologie la plus puissante : les années 70 et leur descendance jusqu'à aujourd'hui, pour le meilleur et pour le pire.

Antoine de Baecque : Etes-vous vraiment le « dernier des cinéphiles », comme l'a écrit Le Nouvel Obs au cours de l'été ?

Jean-Baptiste Thoret : Je n'ai pas choisi cette formule, je tiens à le préciser. Cela a fait réagir dans le milieu qui a défendu la cinéphilie d'aujourd'hui, celle des jeunes critiques, des blogs, des sites. Je n'ai absolument rien contre cette « nouvelle cinéphilie », j'ai juste voulu faire mes adieux à la critique. C'est très personnel : depuis fin 2015, je n'écris plus dans Charlie Hebdo  et France Inter a mis fin à mon émission sur le cinéma. Je continue le combat autrement, par la réalisation de films et l'écriture de livres. Je considère que le combat critique que j'ai pu représenter depuis vingt ans a gagné ce qu'on peut appeler la reconnaissance du cinéma de genre, l'importance accordée au cinéma des années 1970, notamment américain et italien. Tout ça est passé dans l'histoire du cinéma : qui dénierait l'importance de Dario Argento, Sergio Leone, Sergio Sollima, Mario Bava, Tobe Hooper, George Romero ou Sam Peckinpah ? Je ne suis pas le « dernier des cinéphiles », mais je ne veux pas rejouer éternellement une bataille critique devenue désuète.

Antoine de Baecque : Plus généralement, le paysage cinéphile et critique français a complètement changé depuis vingt ans...

Jean-Baptiste Thoret : Le cinéma n'est plus une langue commune, il n'intéresse plus les gens qui m'intéressent. C'est la mort d'une certaine cinéphilie : entre le public massif et la secte, il n'y a plus rien. D'un côté, un cinéma standard et une masse de spectateurs dont le niveau me semble affligeant ; de l'autre, une planète cinéphile de plus en plus éclatée, autiste, chaque clan défendant des micro-cinémas qui ne concernent que quelques aficionados. Au contraire, tous les cinéastes que j'ai évoqués ont percé parce que, grâce au combat critique, ils ont pu faire lien entre des publics très différents qui se retrouvaient pour aimer le même cinéma. C'était parfois pour de mauvaises raisons, mais il existait une forme de partage.

Antoine de Baecque : Cette envie de faire des films, elle vient de loin ?

Jean-Baptiste Thoret : J'ai toujours eu envie de tourner des films. Quand j'étais tout jeune, j'ai été stagiaire réalisateur, j'ai commencé à filmer des trucs, mais j'ai vite arrêté ; j'allais tout simplement réinventer l'eau tiède. Il fallait d'abord me remplir la tête, d'où ces vingt années de critique... Maintenant, je me sens prêt et les idées se bousculent. Il y a un film sur Godard, 86 printemps Jean-Luc Godard , que je vais monter d'après les heures d'entretiens que j'ai réalisées chez lui à Rolle sur le cinéma et la guerre ; un documentaire sur les années de plomb en Italie ; une rêverie sur une rencontre qui n'eut jamais lieu entre deux monstres comiques, Tati et de Funès ; et le scénario d'un film de fiction...

Antoine de Baecque : Parlons de We Blew It... ça part de quoi ?

Jean-Baptiste Thoret : D'une citation d'Easy Rider  qui m'a toujoursfasciné. Autour d'un feu de bois, tandis que Dennis Hopper se prend à rêver d'un avenir meilleur, Peter Fonda le cueille à froid et lui lance : « We blew it », qu'on pourrait traduire par « On a tout foutu en l'air... » C'est une énigme, car ce premier film de Dennis Hopper remporte alors, en 1969, prix et succès au Festival de Cannes, promet un autre cinéma américain et va engendrer un véritable phénomène de société. C'est une prophétie tragique de la fin de l'Amérique et de son cinéma alors que, pourtant, tout semble baigner dans l'euphorie d'un recommencement. Tout est fini dès le début... Pourquoi donc ont-ils déjà  tout gâché ? Et qu'est-ce qu'ils ont déjà  « foutu en l'air » ? C'est pour répondre à ce mystère que je suis parti on the road  tourner ce film.

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