« NOTRE MONDE A UN PIED DANS UN GOUFFRE »

Par Frédéric Mercier
le Mercredi 29 Mars 2017

gomisFélicité porte bien son titre : le film d'Alain Gomis a décroché l'Ours d'argent à Berlin et l'Etalon d'or du 25e Fespaco à Ouagadougou. Rencontre avec le réalisateur

 

Au festival de Berlin, Félicité a remporté l'Ours d'argent. C'est amplement mérité. Après L'Afrance (2 001), Andalucia (2007) et Aujourd'hui (2012), ce quatrième long métrage sur le combat d'une mère est peut être le plus beau du réalisateur franco-sénégalais. Le film s'ouvre d'ailleurs par une incroyable scène dont on peine un peu à comprendre comment elle a pu être tournée. Félicité chante dans un bar. La caméra tournoie vers elle, s'attarde sur les clients, l'un d'entre eux se met à danser, un autre regarde la caméra, lève son verre, des couples s'enlacent. La vie est emportée, scandée par la voix et la musique. Par son énergie et son montage, le film semble s'écrire sous nos yeux comme si Alain Gomis n'avait rien préétabli, comme s'il saisissait le présent et l'euphorie de cet instant. Par la suite, Félicité apprend que son fils a eu un accident de moto. Elle doit trouver une grande somme pour lui éviter d'être amputé. Elle se lance alors à corps perdu dans Kinshasa sur un chemin de croix pour emprunter l'argent dont elle a besoin. Après cette partie tout en action et qui rappelle le cinéma des frères Dardenne et du Philippin Brillante Mendoza, le film se scinde soudain en deux. Débute une longue séquence méditative dans la forêt, dont l'impression de sacré est renforcée par la musique d'Arvo Pärt que Gomis réussit à nous faire entendre comme si c'était la première fois, alors que Pärt a été ces dernières années trop souvent mal utilisé au cinéma au point de devenir un cliché comme Satie. Ces deux parties se nourrissent l'une l'autre, tant Félicité (campée par l'extraordinaire Vero Tshanda Beya, dont c'est le premier rôle au cinéma) cherche à l'intérieur d'elle-même une voie pour parvenir à s'accrocher de nouveau à l'existence.

Pour discuter de ce film qui oscille entre thriller social, aux allures de documentaires, et rêverie profonde dans les bois, on a appelé ce réalisateur franco-sénégalais au Burkina Faso. Il y était venu présenter son film au Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou, une des manifestations les plus essentielles du septième art en Afrique.

Frédéric Mercier : Comment se déroule ce festival si important en Afrique ?

Alain Gomis : C'est très étrange. Il y a tout un tas de problèmes. Les choses sont en train de changer mais peut-être pas comme je l'avais prévu. Les grands groupes sont là et discutent beaucoup de développement économique et de transition en générale. Si le film a été très bien accueilli, si ce fut bien agréable pour moi (bien qu'éprouvant), on discute ici plus de commerce que de cinéma.

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