Miransha Naik, Interview express

Par Nathalie Dassa
le Mercredi 17 Janvier 2018

enfants de goaMiransha Naik relate dans son premier long métrage, L'enfant de Goa, l'enfer d'un petit village indien à travers le regard d'un garçon de 16 ans, qui va se révolter contre la tyrannie d'un marchand de sommeil du bidonville.

 

Nathalie Dassa : Vous dévoilez l'envers des plages touristiques de Goa, l'oppression sociale et sexuelle des travailleurs immigrés du plus petit et plus riche État de l'Inde. Comment est né ce projet de premier long métrage ? 

Miransha Naik : J'ai toujours eu cette histoire à l'esprit car la plupart des événements viennent de mon expérience personnelle et d'observation. Quand j'étudiais à l'école de cinéma, dans notre programme, nous devions écrire un scénario de long métrage que j'ai fait pendant mes cours. Après l'obtention du diplôme, j'ai réalisé quelques courts métrages et j'ai décidé de me lancer dans L'Enfant de Goa car j'avais déjà un scénario en place.

N.D. : Pensez-vous que les médias ne relatent pas assez -ou préfèrent ne pas évoquer- ce qui passe derrière ces plages touristiques ? 

M.N. : Ces problèmes sont considérés comme insignifiants pour atteindre les médias. Les choses ont beaucoup changé ces dernières années. Comme mon film se déroule en 1999, il était très difficile d'élever la voix mais tout le monde craint les réseaux sociaux. Cependant, beaucoup d'incidents ne sont pas signalés, tout simplement parce qu'ils impliquent des personnes puissantes.

N.D. : Quel est votre regard social et politique sur Goa ?

M.N. : Goa est un État très libéral et paisible, nous sommes très fiers de nous. Mais même si nous ne profitons pas des faibles, nous méprisons les gens qui viennent d'autres États.

N.D. : Le titre en anglais est Juze, du nom du tyran du bidonville, pourquoi ?

M.N. : Quand j'ai commencé à écrire ce film, pour moi, il était aussi question de la chute de Juze à travers le voyage de Santosh, le héros. 

N.D. : Santosh est un écolier intelligent. Il n'est jamais une victime ou un enfant en colère, seulement un garçon qui n'abandonne pas, résiste et reste optimiste malgré l'avenir incertain. Rushikesh Naïk était-il pour vous un choix évident après l'avoir dirigé dans votre court Ram, sélectionné à Cannes ?

M.N. : J'aime beaucoup Rushikesh en tant qu'acteur et je le voulais toujours dans le rôle de Santosh mais je n'étais pas sûr de sa taille et de son physique. Heureusement pour moi, au moment où nous étions prêts à tourner, Rushikesh est devenu un peu plus fort.

N.D. : Vous évitez tout mélodrame et opposez, de manière subtile, les paysages paradisiaques et l'exploitation des immigrés pour éveiller les consciences. Qu'espérez-vous de ce film ?

M.N. : Pour moi, faire du cinéma consiste toujours à raconter une histoire captivante et engageante, jamais délivrer un message ou faire une déclaration. Tant que je peux retenir le public jusqu'à la fin, je sens que j'ai atteint mon objectif.

N.D. : Quel est votre prochain projet ?

M.N. : Holy Fire. Il traite d'un couple forcé de se marier dans une communauté. Le mari n'est pas satisfait du mariage et veut rompre son engagement car il ne peut pas surmonter le fait que sa femme ne soit pas vierge.

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