Eric Valette adapte le grand DOA. Rencontre avec le réalisateur du Serpent aux mille coupures

Par Nathalie Dassa
le Lundi 10 Avril 2017

valette"Le cinéma français utilise assez peu la littérature"

Nathalie Dassa : Il s'agit de votre seconde adaptation après Une affaire d'État , à la différence qu'ici vous contribuez aussi à l'écriture. Comment s'est construit le projet avec DOA ?

Eric Valette : À l'époque de la sortie du livre, DOA et moimême avions le même agent, ce fut donc facile de nous vendre comme un package scénariste/ réalisateur. Le Serpent aux mille coupures est l'un de ses ouvrages les plus adaptables car il est court et assez simple du point de vue logistique, même si le récit est complexe. Nous n'avons pas travaillé ensemble, mais plutôt par couche successive. Il a rédigé le scénario et je me suis chargé d'adapter le film à son cadre de production, à son économie et aux acteurs. Le roman est vraiment structuré comme un scénario. Le producteur et moi avions juste une demande, pour des raisons budgétaires. L'action du livre se situe après le 11 septembre, et nous souhaitions que le film ait des résonances actuelles avec une intrigue plus contemporaine.

N.D. : Est-ce difficile de mêler les genres ?

E.V. : Tout s'est fait naturellement. Le décor, la situation, le pistolero sadique, l'homme sans nom, le couple de fermiers, le shérif fatigué, tous ces éléments que l'on retrouve dans le western sont venus facilement. Quant au personnage asiatique violent, il renvoie forcément au thriller coréen. Les Chiens de paille de Peckinpah m'a aussi influencé. J'ai bien sûr été aidé par le matériau hybride. C'est le concept de DOA : cette globalisation malheureuse où des Colombiens et des Italiens viennent mettre à mal une petite communauté dans la France du Sud-Ouest, qui plus est raciste.

N.D. : Quel est votre regard sur le cinéma français et sur la place de l'adaptation ?

E.V. : Cela manque de diversité. Depuis le début de l'année, je compte deux films que je range dans le « genre », La Mécanique de l'ombre et Dans la forêt. Le reste est en partie de la comédie. Le cinéma devient très monolithique, il habitue le spectateur à ne plus voir certaines choses, à moins nourrir sa curiosité. Même constat pour l'adaptation. Le cinéma français utilise assez peu la littérature. Je pense que cela vient du système du cinéma d'auteur des années 60. Si les réalisateurs ne sont pas les démiurges, ils ont l'impression de ne pas être des auteurs complets. C'est un complexe ou de l'arrogance. Et lorsque les adaptations se font, elles sont généralement écrites et réalisées par les auteurs eux-mêmes. Il n'y a pas cette volonté, comme Scorsese, De Palma ou Spielberg, de faire sien un matériau extérieur. DOA, lui, est un peu comme Lehane, Ellroy, McCarthy, qui proposent des scénarios originaux, sauf qu'il n'a pas encore été porté à l'écran.

N.D. : Quels sont vos projets ?

E.V. : Je travaille sur une comédie noire dans l'esprit des films italiens ou espagnols vachards des années 70, ou plus contemporains comme Mes chers voisins et Le Crime farpait. Ce projet est en cours avec le producteur de Retour chez ma mère. Et une série teintée d'horreur, inspirée d'une trilogie littéraire post-ado, située entre Clive Barker et les thrillers scandinaves dans le style Millenium. On espère faire une saison avec le premier tome.

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