Entretien à Los Angeles avec le réalisateur d'Hostiles, Scott Cooper

Par Jean-Paul Chaillet
le Mercredi 14 Mars 2018

scottAprès Stricly Criminal, qu'est-ce qui vous a donné envie de réaliser un western ?
 

J'avais été frappé par une remarque que Robert Duvall m'avait faite un jour : « Les Anglais ont Shakespeare, les Français Molière et nous les Américains les westerns ». Mes trois films précédents abordaient des genres entièrement différents. Avec le premier, Crazy Heart, je me targue d'avoir commis une sorte de musical en quelque sorte. Le second, Les Brasiers de la colère était un opus plus personnel dans la veine d'un certain cinéma à la française ! Et cette fois je me suis dit que je pourrais utiliser le western comme genre et toile de fond mais avec une approche très moderne pour raconter un voyage initiatique et psychologique. Tout en explorant des thèmes pertinents au regard de notre actualité. A travers celui du Capitaine Blocker incarné par Christian, j'ai pu montrer le parcours d'un soldat qui s'est battu avec les Amérindiens pendant toute sa carrière. Et qui va se montrer capable d'oublier sa haine initiale à leur égard pour comprendre peu à peu et accepter ceux qui ont été longtemps ses ennemis mortels. Il s'agissait aussi de montrer comment son monde et ses croyances finiront par basculer au contact forcé avec Yellow Hawk, ce chef de guerre cheyenne qu'il est contraint d'accompagner du Nouveau-Mexique jusqu'au Montana. Et ce sera pour lui une sorte d'illumination, une prise de conscience arrive parfois dans la vie.

Hostiles évoque parfois certains classiques de John Ford, Howard Hawks, Anthony Mann ou Delmer Daves. On pense aussi aux nouvelles mélancoliques de Contrée indienne de Dorothy Johnson.

D'un point de vue littéraire, je me sens aussi proche de Joseph Conrad, Louis L'Amour ou Larry McMurtry. Vous aurez sans doute pu remarquer qu'en hommage à Ford j'ai inclus quelques plans carrément copiés sur La Prisonnière du désert ! Je n'ai pas choisi la facilité car je savais qu'on ne manquerait pas de comparer Hostiles à ces westerns mythiques de l'âge d'or hollywoodien des fifties et des sixties. C'était inévitable. D'autant qu'on a tourné dans ces paysages grandioses de l'Ouest américain, tellement évocateurs. Je me suis efforcé d'y injecter une touche très personnelle, un point de vue différent et j'en suis très fier même si je sais que cela peut prêter aussi à controverse.

En fait, pour moi, le film n'est pas vraiment un western, comme Strictly Criminal n'était pas un film de gangsters au sens strict du terme. Je considère Hostiles comme une réflexion, une cogitation sur l'Amérique en 1892 vue à travers le prisme de celle d'aujourd'hui. Notre pays est de plus en plus divisé alors que nous traversons une période dangereuse où le racisme continue de faire des ravages. J'ai aussi voulu évoquer un chapitre honteux, impardonnable de notre passé. Le génocide de tous ces peuples amérindiens reste un traumatisme historique dont les effets perdurent encore aujourd'hui. Mais je tenais aussi à éviter tout manichéisme, à ne pas tomber dans le piège facile du cliché de l'affrontement entre gentils Blancs et Peaux-Rouges méchants et cruels. Ici, tout le monde est hostile comme le titre l'indique. Pas seulement les Amérindiens, Comanches ou Cheyennes, mais Blocker, les autres soldats, les pionniers ou les trappeurs croisés en cours de route. La violence, lorsqu'elle fait irruption n'est jamais unilatérale.

C'est la seconde fois que vous travaillez avec Christian Bale...

Il est avant tout mon meilleur copain et j'avais écrit son rôle dans Les Brasiers de la colère spécifiquement pour lui. C'est à mon avis le meilleur acteur de sa génération car il est toujours capable de se mettre dans la peau de ses personnages d'une manière inégalée, très libre. Il est dénué d'ego et sans vanité à la différence de nombre de grandes stars qui ne veulent surtout pas changer leur image à l'écran. Pas Christian. Il n'hésite pas à prendre des risques quitte à être souvent incompris. Il sait comment explorer la psychologie d'un personnage, ses motivations profondes tout en restant au service du film dans son ensemble. C'est aussi un acteur habité et d'une rare intelligence qui n'a pas besoin de beaucoup de mots pour exprimer une véritable intensité et des sentiments d'une grande force. Un peu comme Robert Mitchum, il possède cette qualité rare : donner l'impression de faire passer ce qu'il pense sans effort, simplement avec une expression ou un regard.

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