Laval se livre

Par Damien Aubel
le Vendredi 27 Avril 2018

laval se livreLe temps d'un long week-end, Laval était dans la zone sismique de la littérature actuelle. Là où ça bouge, là où ça se fait. Transfuge était au Festival du premier roman et des littérature contemporaines.


«
J'aime, après avoir éprouvé de la joie, à y revenir en écrivant. » Eternelle jouvence d'un vieux de la vieille, Pline le (toujours) Jeune. On lui vole sans vergogne ces mots, qui disent assez combien cette cuvée de Laval, couvée sous l'oeil prévenant de la marraine Lydie Salvayre, a avivé notre joie. Joie de retrouver une volée d'écrivains dépliant l eu r s p lume s p ou r l a première ou la deuxième foi s. Simon Johannin et ses ragazzi de la glèbe de la campagne hexagonale (L'Eté des charognes), Gui l laume Poix et ses garçons perdus des v ide-ordures africains de l'Occident (Les Fils conducteurs), Adr ien Genoudet bat t ant et rebat tant jusqu'à l'obsession le jeu des images engendrées par le Bataclan (L'Etreinte). Joie retrouvée, aussi, de ce monde si meurtri, mais guéri par la littérature, comme amoureusement emmailloté par les mots. Car d'Alexandre Gefen (Réparer le monde) à Yahia Belaskri (Les Fils du Jour) en passant par Laurence Campa (Colombe sous la lune ) ou encore Carole Zalberg ( Je dansais), ce sont les vertus curatives du roman qu'on a pu éprouver. Conjurer les forces délétères de la dispersion, qui disloquent les communautés et les individus, circonscrire des enclaves d'utopies dans la poésie et le rêve – bref, retrouver la joie de vivre, tel était le crédo de la patrie de Jarry ces quelques jours durant. Mais la joie n'est pas la foi, pas celle, en tout cas, aveugle, du charbonnier, et pas plus Omar Youssef Souleimane (Le Pet i t Te r ro r i st e) que K ar im Kattan (Préliminaires pour un verger futur) ou Claire Gondor (Le Coeur à l'aiguille) ne se paient de mots : croire en la littérature, c'est aussi savoir regarder lucidement deuils, terreurs pol it iques, vert iges du déracinement... C'est aussi cette joie-là qu'aura offerte Laval, au fil de ce fest ival : celle d'un regard dessillé. Celle de la clarté. Comme un miroitement de soleil sur la Mayenne.

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