L'édition 2018 de l'ACID continue à charrier son lot de découvertes.Rencontre les pieds dans l'eau et sur le sable avec Régis Sauder et Idir Serghine, co-présidents et plaidoyer pour un cinéma libre et généreux...

Par Damien Aubel
le Dimanche 13 Mai 2018

acid 2018« S'il y a une cohérence, c'est celle de la liberté »
 

Rencontre les pieds dans l'eau et sur le sable avec Régis Sauder et Idir Serghine, co-présidents et plaidoyer pour un cinéma libre et généreux...

La programmation de l'ACID a toujours quelque chose de défricheur, voire d'audacieux. Vous revendiquez cette ligne-là ?

Régis Sauder : On tient beaucoup au terme « programmation ». l'ACID, ce n'est pas une sélection, mais un collectif de cinéastes, qui va programmer et accompagner des films. Ce n'est pas juste une histoire de goût, c'est une certaine idée du cinéma. Un cinéma qui, effectivement, tente des écritures, des formes, des grammaires, qui sont nouvelles. Un cinéma qui est entrain de s'expérimenter, non pas à la marge, mais dans le marché, mais qui est loin des canons un peu plus formatés. 

Idir Serghine : Je dirais qu'il y a deux fils rouges, qui courent de film en film cette année. D'abord, l'audace avec laquelle chacun des cinéastes tente, malgré le monde qu'ils filment, souvent un peu brutal, de trouver comment des liens se nouent encore. Comment le sentiment amoureux, même si l'expression peu sembler un peu désuète, perdure malgré les situations que vivent les personnages. Mais il y aussi quelque chose qui est de l'ordre d'une légère névrose, qui s'empare du monde et des personnages.

C'est net par exemple dans Thunder Road, de Jim Cummings...

IS : Oui, le film raconte ça, mais Cassandro the Exotico !, de Marie Losier, également. 

RS : J'ai été très touché, pour ma part, par ce qui s'est dit hier, à la projection de Seule à mon mariage. Dans la complexité de ces histoires, il y a une dimension humaine, universelle. L'histoire de Pamela n'est pas « seulement » celle d'une Rom, c'est d'abord celle d'une femme qui va s'émanciper. Ce désir d'émancipation, de dépassement, on le retrouve dans tous les films. Mais avec des formes très différentes...

IS : Il y a une forme de finesse dans les neuf films et la façon dont ils présentent des personnages qui pourraient être caricaturés à gros traits. Et les mises en scènes sont très différentes. S'il y a une cohérence, c'est celle de la liberté de chacun des auteurs. Dans le cas de Seule à mon mariage, c'est le travail documentaire de la réalisatrice, Marta Bergman, qui lui permet de créer un personnage aussi finement écrit.

Cette « liberté » dont vous parlez, c'est aussi s'affranchir des compartimentages formels ?

IS : Au fil des programmations de l'ACID, on constate que l'étanchéité entre la fiction et le documentaire est de moins en moins vraie. Les deux supports se télescopent et se réinventent, ils s'oxygènent mutuellement. 

RS : Je dirais que c'est à nouveau le cas. Dans l'histoire du cinéma, le documentaire est né dans la mise en scène. Ca s'est perdu à un moment, mais on le retrouve. 

Cette liberté si souveraine s'accompagne d'un souci permanent du spectateur : les films n'ont rien d'objets hermétiques, retranchés dans une expérimentation absconse...

IS : Je trouve fondamental qu'on ait le sentiment d'être en face d'auteurs qui veulent partager. Comme nous partageons ces neuf films avec les spectateurs, ici et tout au long de l'année. On peut tout à fait être généreux et intelligent, ce n'est pas antinomique !

Retour | Haut de page | Imprimer cette page