Exposition Amandine Maillot, Scène intérieure, La Criée, Marseille, du 9 janvier au 23 février

Par Damien Aubel
le Jeudi 04 Janvier 2018

« Je travaille beaucoup sur l'idée de fragilité »

la criée
La jeune plasticienne Amandine Maillot expose à La Criée, à Marseille. Quelques questions en guise d'avant-goût...

 

La jeune Amandine Maillot aura les honneurs d'une exposition à La Criée à Marseille. Jeune, certes, mais son travail trahit une conscience particulièrement aiguë du temps qui passe. Ses installations gravitent autour d'objets familiers, mais c'est le devenir qu'elle cherche à saisir. Dans ses paradoxes, sa richesse, et sa dimension destructrice. La preuve aussi, ses vidéos qui captent la façon dont s'inscrit, à fleur de matière ou de peau, l'écoulement du temps. Ce qui ne l'a pas empêchée d'en garder un peu pour s'entretenir avec nous.  

Damien Aubel : Vous avez passé trois mois en résidence en Chine dans le cadre d'un post-diplôme de l'Ecole Nationale Supérieure d'Art de Limoges, pour travailler sur la porcelaine. Pourquoi ce matériau vous intéresse-t-il ?

Amandine Maillot : J'aime beaucoup expérimenter avec la céramique dans tous ses états. La porcelaine suscite aussi des questionnements sur la transmission, sur l'héritage familial. La vaisselle par exemple, ce sont des objets qu'on transmet. Et, enfin, la porcelaine est un matériau paradoxal : à la fois très fragile et solide. Et cette année je travaille beaucoup sur l'idée de fragilité.

D.A. :Vos vidéos témoignent de votre intérêt pour la mise en scène – et en particulier la mise en scène des objets...

A.M.: J'ai rencontré Macha Makeïeff assez tôt dans mon parcours, lors d'un colloque sur l'objet scénique. J'ai été extrêmement touchée par la façon dont elle parlait de l'objet comme d'un être animé, vivant. Deux ans après, j'étais stagiaire sur sa production de Trissotin ou les Femmes savantes, ce qui m'a permis d'approfondir ces questions, et celle du rapport du comédien à l'objet. 

D.A. : Votre exposition à La Criée s'intitule Scène intérieure. Comme s'il fallait théâtraliser les objets...

A.M.: C'est venu assez instinctivement. J'avais besoin de raconter des histoires. Je le fais par la sculpture ou la vidéo, mais c'est au théâtre que j'emprunte les notions de récit et narration. 

D.A. : Qui dit narration dit temps. Votre vidéo Nymphéas, par exemple, multiplie les références à l'écoulement du temps, à la dégradation, mais aussi à l'immobilité...

A.M.: Je recherche souvent dans mes installations, mes vidéos ou mes sculptures un temps suspendu. Ce temps qui correspond à une prise de conscience, à ce moment où on fait une sorte d'état des lieux. Un temps où on est hors du monde, comme en retrait, et où on assimile un peu tout ce qui s'est passé alors que les perspectives d'un avenir possible se dessinent. Ce point est un carrefour où on a le choix.

D.A. : Votre vidéo Vanité nous montre en accéléré un processus de désagrégation, d'effritement d'une théière. Alors qu'au jour le jour on n'aperçoit pas les progrès de cette décomposition...

A.M.: J'aime être confrontée à tout ce qui nous échappe dans le temps, tout ce qu'on n'a pas aperçu et qui s'est dérobé au regard. 

D.A. : Au début de votre vidéo Précieuses poussières, vous citez un texte de Nietzsche. Mais la référence vient d'un texte de Jean-Pierre Luminet,  l'astrophysicien... Il y a aussi une dimension cosmique dans votre travail ?

La vidéo s'ouvre sur une image abstraite d'un mouvement circulaire. C'est une façon de renvoyer à quelque chose d'un peu plus grand, d'évoquer un espace qui nous contient et qui nous dépasse, avec des réalités qui sont bien au-delà de tout ce qu'on peut imaginer. Et je voulais mettre en dialogue cette immensité avec l'espace intime de notre vie, et de nos propres profondeurs...

D.A. : Espace intime, dites-vous. Comme la maison, qui revient souvent dans vos installations... 

A.M.: Gaston Bachelard a beaucoup compté pour moi. Notamment son idée de prendre la maison comme instrument d'analyse de l'âme humaine. Et il décrit très bien aussi ce rapport que je peux avoir avec les meubles, notamment l'armoire, le coffre. Tous ces objets qui ont une esthétique cachée et qui laissent s'engouffrer l'imaginaire, créer des histoires.

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