Un chef-d'oeuvre, un Goncourt et des affaires...

Par Vincent Jaury

Un chef-d'oeuvre: le dernier film de Coppola, Tetro, est un chef-d'oeuvre. Après avoir fait un détour par un film raté, L'Homme sans âge - adapté d'une magnifique nouvelle de Mircea Eliade -, film fantastico-philosophique, il renoue avec sa veine familiale (Le Parrain, Rusty James...). On n'en sort jamais, de ces histoires de famille, confie, las, le réalisateur. Ce n'est pas un hasard si Coppola voue un culte à Tennessee Williams, et notamment à La Chatte sur un toit brûlant. Nous avons rencontré le maestro, lors d'un long entretien d'une heure trente à l'hôtel Bristol. La relation fut intime et intelligente - pas intellectuelle, car Coppola n'en est pas un. Il est revenu avec précision sur son dernier film, mais aussi sur ses années du Nouvel Hollywood, sur sa propre famille, sur sa passion du théâtre, de la littérature sud-américaine, et sur les réalisateurs qu'il aime. L'homme au chapeau revient au sommet de son art : chapeau !


Un Goncourt mérité : on avait été surpris l'année dernière par ce petit roman afghan d'Atiq Rahimi qui avait obtenu le Goncourt, Syngué sabour. Là, le jury a été plus avisé : Marie NDiaye est un de nos grands écrivains français, et Transfuge avait sélectionné Trois femmes puissantes dans ses vingt meilleurs romans de la rentrée. Toutes affaires cessantes - on a cru rêver en écoutant cet imbécile d'Éric Raoult, invoquant, en antidémocrate de droite, un « devoir de réserve » puis un « devoir de modération » des intellectuels : cette droite autoritaire est une droite cauchemardesque - nous sommes revenus sur son oeuvre. Nous avons tenté d'en dégager quelques aspects : des personnages humiliés, une veine faulknérienne, et des romans qui marquent une rupture dans la littérature française des années 90, en contrepoint d'Hervé Guibert et de ses romans égotistes. Claire Denis, dont le prochain film est coécrit avec Marie NDiaye, a réagi au prix. Ainsi que deux romanciers, admirateurs : Abdourahman A. Waberi et Alain Mabanckou. Le premier semble amoureux, le second en appelle au prix Nobel de littérature !


Deux affaires, Polanski et Godard. Un documentaire passionnant vient de sortir, à acheter de toute urgence : Roman Polanski : wanted and desired. Une charge terrible contre la façon dont a été jugé Polanski, par un juge, Rittenband, complètement dingue, et en filigrane, une charge contre l'Amérique.

L'autre affaire : celle de l'antisémitisme de Godard. En janvier 2009, dans Transfuge, Alain Fleischer dénonçait l'antisémitisme de Godard. Il nous avait dit précisément : « Arnaud des Pallières est choqué par une sorte de négationnisme chez Godard ». On a contacté Alain Fleischer, pour en savoir plus sur Godard. On n'en restera sûrement pas là, car Godard prépare une adaptation des Disparus de Daniel Mendelsohn, roman sur un juif américain qui revient sur les terres de ses ancêtres, en Europe de l'Est, pour comprendre l'histoire de sa famille. Pourquoi adapter ce livre qui est au coeur de la Shoah ? Que va-t-il en faire ? Dernier signe nauséeux : Godard se rapproche d'Alain Badiou, philosophe influent bien connu pour ses prises de positions d'extrême gauche et pour ses rapports douteux à Israël et aux juifs. Non, on n'en a décidément pas fini avec le génial réalisateur. Godard, le Céline du cinéma ? •

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