Après les bandeaux mentionnant, comme une excroissance narcissique, le nom de l’auteur; ceux rappelant les ouvrages commis précédemment; ceux encore qui se vantent d’un prix (littéraire, s’entend), qui affichent fièrement le nombre d’exemplaires vendus dans leur patrie d’origine, ou qui se targuent du soutien d’un auteur plus connu que l’auteur dont le nom est dactylographié en tout petit, en voici un, de bandeau, d’un genre résolument neuf. Voir. Comme un symbole d’autosatisfaction éditoriale, en blanc sur rouge, entourant la couverture du Secret du Bayou, premier roman de l’américain John Biguenet: “Le coup de coeur Albin Michel de l’été.” Autrement dit, comme pour les fruits et les légumes, il y aurait des saisons pour les livres, certains carrossés pour la plage, du genre à ne pas déparer entre la bouée et les tongs, et d’autres, sombres et sérieux tout juste bon à alimenter la cheminée... On s’en assurera dès l’automne. Autrement dit aussi, il y aurait des livres que les éditeurs soutiendraient parce qu’ils les aiment et d’autres qu’ils publieraient parce qu’il faut bien nourrir le pilon -on s’en doutait bien un peu mais de là à le reconnaître publiquement... Et l’on imagine déjà des hordes d’auteurs manifestant pour un peu plus d’amour et de reconnaissance, jalousant ceux qui, pour quelque obscure raison, ont su, mieux qu’eux, faire battre le coeur de leur maison d’édition. Et le livre dans tout ça, ce fameux Secret du Bayou? Présenté -encore- comme réunissant tous les ingrédients d’un grand roman de l’été, il parle de pêche, de violence et d’amour. Verdict? Un roman pour l’été... pas mal fichu, non, mais on ne se lamentera pas si on l’oublie sur la plage.

Le Secret du Bayou John Biguenet Albin Michel, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par France Camus-Pichon, 410 p., 19,90€