02 juil.
Par Vanessa Postec,à 16:29 :: General :: #50 :: rss
Les ciseaux et la colle
Avant que le genre ne soit à la mode au point que les éditeurs soupirent d’aise à la vue des chiffres de vente; avant que les susdits éditeurs ne rebaptisent leurs auteur(e)s “reine du crime” ou “grande prêtresse du suspense”, il était une écrivaine victorienne, Mary Elizabeth Braddon. Une romancière qui, pour son premier ouvrage -Sur les traces du serpent (en date de 1860)-, invente, dans le désordre: des rebondissements, des trahisons, un meurtre et une découverte, un détective muet mais pas sourd, un fils de famille débauché, son oncle richissime assassiné, une aristocrate flouée, un jeune homme joliment machiavélique, un enfant trouvé sur les bords d’un fleuve, et toute une troupe de personnages de second ou troisième plan mais de tout premier ordre. De Charles Dickens, elle a l’ironie; d’Henry James, Mary Elizabeth Braddon a la regard aiguisé, la sublime lenteur. Voici un écrivain à l’ancienne mode, le genre de romancière qui prend le temps de poser le décor et de présenter dans le détail ceux qui le peuplent, au point que l’on ne peut ignorer jusqu’à la couleur de leurs boutons de culotte. Alors ça plaît ou ça ne plaît pas. Mais quand ça plaît, ça plaît à la folie. Et ça offre en prime quelques leçons de journalisme. “Les deux journaux qui parurent le vendredi contenaient des récits différents en tout point de l’assassinat, et le journal qui paraissait le samedi donna un heureux amalgame de ces deux comptes rendus, démontrant par là la supériorité de la colle et des ciseaux sur la copie à un penny la ligne.” Comment dit-on clairvoyance en anglais victorien?
Sur les traces du serpent Mary Elizabeth Braddon Editions Joëlle Losfeld, traduit de l’anglais par Alexandre Du Terrail, 442 p., 22,50€



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