Transfuge, le magazine de littérature étrangère

Blog Romans
Par Vanessa Postec
Vanessa Postec

11 juil.

Sky-movie

Puisque la période veut ça, puisque s’organisent les grandes migrations estivales -du nord au sud et retour-, pour rester dans le ton: En Vol d’Alan Tennant, un volume suffisamment épais pour tenir compagnie lors d’un vol long courrier. En quelques mots: l’épopée d’un naturaliste assez fou pour s’embarquer dans un vieux coucou bringuebalant piloté par un vétéran du Vietnam, histoire de suivre vaille que vaille un faucon lors de sa migration; le voyage d’un fou assez sage pour croire en ses rêves et préférer la compagnie des oiseaux à celle des hommes. Il y a du Don Quichotte là-dedans, quand l’armée où la police s’en mêlent. Il y a de la poésie, de l’humour et de l’érudition à la pelle. En Vol ressemble tellement à une fable écolo et baroudeuse que ce doit en être une. Très exactement, un bouquin plus efficace qu’un Grenelle de l’environnement pour mesurer les dégâts causés par les pesticides et autres cochonneries organochlorées sur la faune sauvage. Le genre de livre qui vous donne des envies de détournement d’avion pour filer le pataud pigeon du coin. D’autres arguments? En Vol, aujourd’hui publié dans la bien nommée collection Nature Writing chez Gallmeister, a fait partie, lors de sa parution (en 2004) aux Etats-Unis, des 100 meilleurs livres de l’année sélectionnés par le New York Times et par le Washington Post’s Book World, ce qui n’est pas nécessairement mauvais signe. A noter encore que les droits d’adaptation cinématographique ont été acquis par Robert Redford. Ce qui n’est pas non plus un mauvais signe, même si l’on ignore encore qui du naturaliste ou du faucon il interprétera.

En Vol Alan Tennant Gallmeister, traduit de l’américain par Jacques Mailhos, 412 p., 25€


02 juil.

Coup de coeur de l’été

Après les bandeaux mentionnant, comme une excroissance narcissique, le nom de l’auteur; ceux rappelant les ouvrages commis précédemment; ceux encore qui se vantent d’un prix (littéraire, s’entend), qui affichent fièrement le nombre d’exemplaires vendus dans leur patrie d’origine, ou qui se targuent du soutien d’un auteur plus connu que l’auteur dont le nom est dactylographié en tout petit, en voici un, de bandeau, d’un genre résolument neuf. Voir. Comme un symbole d’autosatisfaction éditoriale, en blanc sur rouge, entourant la couverture du Secret du Bayou, premier roman de l’américain John Biguenet: “Le coup de coeur Albin Michel de l’été.” Autrement dit, comme pour les fruits et les légumes, il y aurait des saisons pour les livres, certains carrossés pour la plage, du genre à ne pas déparer entre la bouée et les tongs, et d’autres, sombres et sérieux tout juste bon à alimenter la cheminée... On s’en assurera dès l’automne. Autrement dit aussi, il y aurait des livres que les éditeurs soutiendraient parce qu’ils les aiment et d’autres qu’ils publieraient parce qu’il faut bien nourrir le pilon -on s’en doutait bien un peu mais de là à le reconnaître publiquement... Et l’on imagine déjà des hordes d’auteurs manifestant pour un peu plus d’amour et de reconnaissance, jalousant ceux qui, pour quelque obscure raison, ont su, mieux qu’eux, faire battre le coeur de leur maison d’édition. Et le livre dans tout ça, ce fameux Secret du Bayou? Présenté -encore- comme réunissant tous les ingrédients d’un grand roman de l’été, il parle de pêche, de violence et d’amour. Verdict? Un roman pour l’été... pas mal fichu, non, mais on ne se lamentera pas si on l’oublie sur la plage.

Le Secret du Bayou John Biguenet Albin Michel, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par France Camus-Pichon, 410 p., 19,90€


Les ciseaux et la colle

Avant que le genre ne soit à la mode au point que les éditeurs soupirent d’aise à la vue des chiffres de vente; avant que les susdits éditeurs ne rebaptisent leurs auteur(e)s “reine du crime” ou “grande prêtresse du suspense”, il était une écrivaine victorienne, Mary Elizabeth Braddon. Une romancière qui, pour son premier ouvrage -Sur les traces du serpent (en date de 1860)-, invente, dans le désordre: des rebondissements, des trahisons, un meurtre et une découverte, un détective muet mais pas sourd, un fils de famille débauché, son oncle richissime assassiné, une aristocrate flouée, un jeune homme joliment machiavélique, un enfant trouvé sur les bords d’un fleuve, et toute une troupe de personnages de second ou troisième plan mais de tout premier ordre. De Charles Dickens, elle a l’ironie; d’Henry James, Mary Elizabeth Braddon a la regard aiguisé, la sublime lenteur. Voici un écrivain à l’ancienne mode, le genre de romancière qui prend le temps de poser le décor et de présenter dans le détail ceux qui le peuplent, au point que l’on ne peut ignorer jusqu’à la couleur de leurs boutons de culotte. Alors ça plaît ou ça ne plaît pas. Mais quand ça plaît, ça plaît à la folie. Et ça offre en prime quelques leçons de journalisme. “Les deux journaux qui parurent le vendredi contenaient des récits différents en tout point de l’assassinat, et le journal qui paraissait le samedi donna un heureux amalgame de ces deux comptes rendus, démontrant par là la supériorité de la colle et des ciseaux sur la copie à un penny la ligne.” Comment dit-on clairvoyance en anglais victorien?

Sur les traces du serpent Mary Elizabeth Braddon Editions Joëlle Losfeld, traduit de l’anglais par Alexandre Du Terrail, 442 p., 22,50€


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