Transfuge, le magazine de littérature étrangère

Blog Romans
Par Vanessa Postec
Vanessa Postec

23 juin.

Une vérité qui dérange à la sauce finnoise

Après le coup de coeur de la semaine passée, un autre. Un vrai, un grand qui ne connaît pas les saisons. Exit le bayou, bienvenue en Finlande. Certes, il y fait moins chaud -encore que, avec le réchauffement climatique, cela devrait s’arranger rapidement... Nous voilà sur les terres d’Arto Paasilinna, auteur sagement fou du Lièvre de Vatanen, de Petits suicides entre amis ou du Bestial serviteur du pasteur Huuskonen. Avant de tâter de l’écriture sous ses formes les plus diverses (journalisme, poésie et roman), Paasilinna fut bûcheron puis ouvrier agricole. Toutes choses qui, mises bout à bout, suffisent à expliquer l’évidente dilection du finnois pour la nature encore nature, les petites et les grosses bêtes. L’histoire? Eemeli Toropainen, petit-fils d’un bouffeur de curé et incendiaire d’église, communiste jusqu’au bout de la faucille, est chargé d’accomplir les dernières volontés de son grand-père. A savoir, ériger sur ses terres un joli temple sylvestre construit à l’ancienne, tout en bois, sur le modèle d’une église du XVIIIe siècle. Bon garçon libre de tout engagement depuis que sa société a déposé le bilan, Eemeli Toropainen s’attelle à la tâche sans barguigner. Dans son petit coin de paradis, l’église sort de terre sans tenir compte de l’hostilité marquée des autorités, civiles comme ecclésiastiques. Une poignée d’écolos, pas exactement doués de leurs mains, rallient les alentours du temple hors-la-loi. Puis d’autres arrivent, formant bientôt une petite communauté villageoise qui, sous la férule d’Eemeli Toropainen, aura fort à faire pour s’en sortir et prospérer: la troisième guerre mondiale éclate, l’économie de marché n’est plus ce qu’elle était, une centrale nucléaire fait des siennes... Joyeusetés qui adviennent, à en croire Paasilinna, dans les deux décennies à venir. Ce n’est pas très optimiste, mais plus efficace, pour faire intelligemment réfléchir, qu’un Grenelle de l’environnement. Plus encore, Le Cantique de l’apocalypse joyeuse est une fable écolo et humaniste. Et, comme l’indique son titre mieux que le résumé, tout à fait joyeuse.

Le Cantique de l’apocalypse joyeuse Arto Paasilinna Denoël, traduit du finnois par Anne Colin du Terrail, 336 p., 20 €


02 juin.

Amour un peu partout

Après Amour dans une petite ville -les plus curieux pousseront jusqu’à la rubrique “archives”- Wang Anyi, femme de lettres chinoise auteur du Chant des regrets éternels, récidive avec Amour sur une colline dénudée. Ici et là, Wang Anyi a fait scandale dans son pays avec ses histoires d’amour et de sexe -adultérins ou hors mariage. De notre côté du monde, pas sûr pourtant qu’amants et maîtresses choquent vraiment. Voir. Au commencement, il y a une petite fille, puis une jeune fille qui “badinait avec les garçons juste parce qu’ils étaient des garçons. Elle se moquait bien qu’ils soient fils d’empereur ou de mendiant, car après tout, elle n’avait pas en tête de séduire le père” et un jeune garçon qui, en grandissant, devient violoncelliste. Elle et lui se marient, mais pas ensemble. Pis, ils ne se connaissent ni se croisent et rien ne semble devoir arriver. Jusqu’au coup de théâtre que Wang Anyi transforme en coup de foudre et assène depuis les hauteurs de sa colline. Pas de mystère, ce qui doit arriver, arrive. Et l’auteur, alors, à voir se débattre ses personnages, jubile. A croire que ce qui fit scandale, dans la Chine des années 1980 n’est pas l’adultère mais la manière de le raconter. Chirurgicale. Avec un incroyable talent mais sans une once de compassion pour ses personnages. Sans un regard amical pour les hommes et les femmes qu’ils incarnent. “Le plus souvent, une femme aime un homme moins pour sa valeur que pour la réalisation de ses propres chimères amoureuses. Pour ces chimères, une femme donnerait tout, jusqu’à se sacrifier elle-même.” Comment dit-on misogyne en chinois?

Amour sur une colline dénudée Wang Anyi Traduit du chinois par Stéphane Lévêque 226 p., Editions Philippe Picquier, 17,50€


Tv Transfuge

Retrouvez l'actualité culturelle sur :