Ceux qui, crayon en main, lisent et notent scrupuleusement les titres inspirant cette feuille hebdomadaire -l’orgueil de penser qu’il est de tels internautes n’est pas un péché; tout au plus un œdème de l’ego- savent déjà que William G. Tapply, auteur américain d’une vingtaine de romans policiers, fait un parfait compagnon de route pour les dimanches d’élection, lorsque l’envie de taquiner la truite se fait la plus forte. A ces lecteurs attentifs comme aux autres, on précisera aujourd’hui que la camaraderie de Tapply est appréciable même sans campagne, sans politique et sans urnes. Après Dérive Sanglante publié l’an passé, le premier de ses romans à être traduit en France, William G. Tapply signe Casco Bay, le deuxième volet des aventures de Stoney Calhoun, guide de pêche rendu amnésique sept ans plus tôt par un mystérieux “coup de foudre” et qui peu à peu prend conscience que ses réflexes pourraient être ceux d’un ancien flic. Entre pêche -au bar, cette fois-; façonnage de mouches; sciage, coupe et transport de bois pour l’hiver, Stoney et Ralph, le chien capable de bien des tours (“Ralph regarda Calhoun un moment, puis il eut l’air de hausser les épaules.” p 253), vont croiser la route d’un tueur qui s’en prend à des méchants (mais pas seulement) et se plaît à abandonner ses victimes transformées en charbon de bois sur quelque île déserte... Ce qu’il y a de formidable avec Tapply, c’est que même en ignorant ce qu’est une “Gurgler”, une “Clouser Minnow” ou une “Deceiver”, même en se fichant absolument de découvrir le coupable, on passe un admirable moment, au fond des bois du Maine, ou au bord de l’eau. Et ce qu’il y a de formidable avec ses romans, c’est que le deuxième est aussi bon que le premier.

Casco Bay William G. Tapply Traduit de l’américain par François Happe 304 p., Gallmeister, 22,90€