Pour garnir la bibliothèque d’avril, un gros poisson pêché dans les toujours bonnes eaux des Terres d’Amérique: Craig Davidson, jeune Canadien qui écrit comme d’autres cognent. Avec ses tripes et sa hargne, le genre de talent qui vous fait oublier les mauvais coups. Après Un goût de rouille et d’os, Juste être un homme tend à prouver ce que London, Hemingway et Toole martelaient déjà: à savoir que la boxe est un sport éminemment littéraire. Rob fait de la boxe parce que son père l’entraîne, parce que son oncle Tommy boxe, parce que son grand-père boxait, parce que la boxe c’est une affaire de famille et peut-être le plus court chemin pour quitter la misère. Manque de pot, Rob est doué mais il ne l’aime pas, ce chemin. Rob a 16 ans, Paul une dizaine d’années de plus. Lui, fils de bonne famille, mou dehors, lâche dedans, commence à chercher un sens à sa vie, à devenir un homme-un-vrai avec des muscles et des poings et de la souffrance à revendre le soir où il se fait tabasser à la sortie d’une boîte de nuit. Sa manière d’y arriver? “Plonger dans un hachoir à viande et puis essayer de s’en sortir à la force du poignet.” Il y en a un qui veut s’élever et un autre qui veut plonger. En toute logique, Rob et Paul vont se retrouver à mi-course. Dans un club sans règles et sans limites, le genre d’endroit que Palahniuk aurait pu croquer dans son Fight Club, le genre de ring dont on ne redescend que les pieds devant. Ce qui est rassurant avec Craig Davidson, c’est de savoir qu’à l’évidence tout cela ne finira pas très bien, et qu’à côté même les pires poissons d’avril feront triste figure.

Juste être un homme Craig Davidson Traduit de l’anglais (Canada) par Anne Wicke 250 p., Albin Michel, 19,90€