17 mar.
Par Vanessa Postec,à 10:29 :: General :: #39 :: rss
Ceci n’est pas un tableau
C’est un livre qui ressemble à un tableau et pas seulement parce que l’un de ses principaux protagonistes est peintre. C’est un roman qui ressemble à une peinture, mais pas une peinture qui parle et qui raconte, comme ce fut le cas récemment. La Réserve, enfin, c’est un roman de Russell Banks qui ne ressemble pas à un roman de Russell Banks. Bref, le nouvel opus de l’Américain est absolument inattendu. Ce qui ne signifie pas que tous ceux qui ont aimé American Darling n’aimeront pas La Réserve, non, mais ils seront stupéfaits. Comme dans une toile en couleurs de l’entre-deux guerres, il y a de beaux messieurs et de belles dames, plantés dans le cadre qui va avec, un club très privé au bord d’un lac idyllique, quelque part dans la vallée des Adirondacks. Au premier plan, on aperçoit un peintre célèbre, Jordan Groves, communiste, pilote d’avion et ami de Dos Passos, et une femme du monde, une Paris Hilton avant que l’excentricité ne soit à la mode: Vanessa Cole, fille d’un célèbre neurochirurgien, deux fois mariée à trente ans, croqueuse d’hommes et modèle de névroses. Au second plan, il y a la femme de l’artiste, Alicia, une Autrichienne sculpturale, et un guide au patronyme improbable, Hubert St. Germain. Dans cette jolie petite société de l’après Dépression, tout va pour le mieux jusqu’au jour où rien ne va plus: mensonges, trahisons, non-dit, vraies et fausses croyances, ambiguïtés, La Réserve, en un rien de temps, est devenue le théâtre des plus noires passions. Du coup, même si de la lointaine Europe parviennent les échos d’une guerre à venir, Russell Banks abandonne la grande pour la petite histoire, celle des relations humaines, qu’il dissèque avec un luxe de précision: “Si l’on ne perçoit plus avec certitude le caractère nécessaire et essentiel de la vérité en toute chose, aussi bien pour ce qui concerne le connu que pour ce qui concerne l’inconnu, il devient, de fait, difficile de mentir. Peut-être même impossible. En ce sens, Vanessa n’était pas une menteuse. Elle connaissait le sens des mots vrai et faux, et c’était une experte pour ce qui était de distinguer entre un menteur et quelqu’un de sincère (...) mais elle n’était personnellement ni l’un ni l’autre.” Quelques coups de pinceaux de Russell Banks qui ressemblent à un paragraphe d’Henry James...
La Réserve Russell Banks Actes Sud, traduit de l’américain par Pierre Furlan 380 p., 23€



Commentaires
1. Le samedi 1 mai 2010 à 03:52, par Modele :: site
"un de ses principaux protagonistes est peintre" -> j'ai du mal ancomprendre la ...
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