... Il y aura des écrivains qui écriront des histoires, des éditeurs qui les publieront, des traducteurs qui les traduiront. Liu Aï, le narrateur d’English se souvient de ses années d’enfance et d’adolescence. A l’époque -juste avant la mort de Mao Zedong, quand “le bonheur était rouge du sang versé”-, il vivait dans la province du Xinjiang, aux confins du pays, à l’extrême ouest de la Chine. Enfant unique, il grandit auprès de ses parents, intellectuels au service de la patrie, ce qui ne leur interdit pas de se montrer parfaitement humains: violents, menteurs, et lâches. Pour le reste, Liu Aï est un enfant tout ce qu’il y a de moyen, doué pour écouter aux portes et amoureux d’une de ses professeurs, la belle Hajitaï. Alors, quand débarque un jeune homme, enseignant d’anglais de son état, propriétaire d’un énorme dictionnaire et de costumes aux plis parfaits, c’est un vent de nouveautés qui souffle sur la vie de Liu Aï. “Nous nous sentions pousser des ailes. Comme si nous allions pouvoir profiter des vents du désert de Gobi, traverser le désert du Tarim et la vallée de l’Ertix pour parvenir en Europe, donc en Angleterre et plus tard en Amérique.” L’enfant se sent pousser des ailes et puis découvre, tout à trac, l’existence des gentlemen, l’amitié, la culture, de nouveaux mots -la compassion- dont il apprend le sens. Avec la lucidité de l’observateur, Wang Gang (né comme son héros dans la province du Xinjiang à la fin des années 1960) a écrit le roman de la Révolution culturelle et de ses exactions. Presque autant qu’il a écrit, avec une tendresse nostalgique un roman d’initiation où la masturbation tient pratiquement autant de place que chez Roth -foie de veau en moins, rationnement oblige... Quand la Chine s’éveillera? Celle de Wang Gang a les yeux grand ouverts.

English Wang Gang Traduit du chinois par Pascale Wei-Guinot et Emmanuelle Péchenart 464 p., Editions Philippe Picquier, 22€