28 nov.
Par Vanessa Postec, à 10:38
L’Ecole de Glasgow pour les nuls
Il y a la culture, l’éducation, la formation... Et puis il y a la géographie, la topographie, l’environnement, l’urbanisme... toutes choses, en somme, qui forment un cadre. Et influencent, on s’en doute bien un peu, ceux qui parlent depuis un lieu, un pays, une terre, une ville. Pour illustrer le propos sans craindre la caricature: Ecole du Montana, grands espaces et pêche à la mouche. Ecole de Brive, vie de nos campagnes et confit de canard. Ecole de Glasgow, grisaille et misère. Avec Histoires maigres, les éditions Passage du Nord-Ouest ont opté pour la dernière, l’Ecosse, ses paysages rocailleux, et la violence -économique et linguistique- dont elle fut l’objet. Le vulgum pecus qui ne connaissait de la littérature écossaise contemporaine qu’Irvine Welsh -et encore, pas Irvine Welsh soi-même, mais un de ses livres ou plutôt le film qui en fut tiré: Trainspotting- y fourbira ses armes pour briller dans les dîners en ville. Trois auteurs, Alasdair Gray (Pauvres créatures ou Lanark: une vie en quatre livres aux éditions Métailié), James Kelman (Le Mécontentement ou Prudence au pays de la liberté, toujours chez Métailié) et Agnes Owens (pour la première fois traduite en France) y font entendre la voix -les voix, plutôt, tant la langue et la vision de ces trois écrivains sont diverses- de l’engagement. “Les membres de l’Ecole de Glasgow -et peut-être de manière plus large, les écrivains écossais- sont des auteurs engagés, mais cet engagement s’exprime avant tout dans leur art”, note Fabrice Lardreau, le préfacier de l’ouvrage. Voir, au hasard, McIntyre d’Agnes Owens, ou la chronique sociale de la révolution, l’humour en plus. “J’avais remarqué ça. McIntyre était peut-être un type génial mais il n’a jamais compris qu’aux yeux de la plupart des gens, des pieds qui puent c’est pire que le capitalisme. Il n’y a que moi qui avait pris ça comme un défaut rassurant.” Ou Dénouement d’Alasdair Gray: “Après avoir badiné avec l’imagination jusqu’à ce qu’il ne m’en reste plus une miette, je me suis tourné vers la réalité, qui s’est tarie à son tour.” Des Histoires maigres, sans doute car tout est dit en peu de mots. Et qu’il n’y a rien à ajouter. Même dans les dîners en ville.
Histoires maigres Alasdair Gray, James Kelman et Agnes Owens Traduit de l’anglais (Ecosse) par Catherine Richard 292 p., Passage du Nord-Ouest, 19€


