28 sep.
Par Vanessa Postec, à 14:47
Qu’est-ce qui fait courir Joyce Carol Oates?
Graphorrhée, subst. fém.: « Impulsion irrésistible à écrire, en utilisant n'importe quel support dans un but de démonstration (...), de libération (...) ou par exaltation. » Il y eut des exemples célèbres, des pisseurs de copies, et parmi les meilleurs. Il y en a encore, à faire frémir tous les Weyergans du paysage littéraire. Voir: une grosse quarantaine de titres traduits en français; des romans policiers écrits sous les pseudonymes de Rosamond Smith et de Lauren Kelly; une biographie romancée de la vie de Marilyn Monroe -Blonde- publiée un peu partout et unanimement saluée; des prix littéraires -dont le Femina étranger pour Les Chutes- assez nombreux pour retapisser les murs d’une bibliothèque; des rumeurs de citations à comparaître devant le jury du Nobel. Une forêt de lauriers sur laquelle s’assoupir et pourtant Joyce Carol Oates écrit et écrit encore. Ce qui la fait courir? Demandez-lui donc. Ou plutôt non, ne lui demandez pas -les interviews, ce n’est pas exactement ce qu’elle préfère. Lisez-la. Relisez-la, ou attendez le 4 octobre la parution des 796 pages de Mère disparue et des Femelles. Dans l’ordre, un roman inspiré par la mort de la mère de l’écrivain et dans lequel Nikki, son héroïne, fait l’expérience du passage à l’âge adulte; et un recueil de nouvelles sur des femmes qui seraient affreusement ordinaires si elles ne se transformaient en tueuses implacables. Ainsi résumé, tout cela semble peu de choses. Et Joyce Carol Oates écrirait peut-être en vain, par peur du vide, pour emplir l’espace et les pages blanches s’il n’y avait ces petits riens qui changent tout: la noirceur et les secrets, la capacité à gratter exactement là où ça fait mal, la faculté à explorer ses sujets jusque dans les moindres détails. Ce qui fait courir Joyce Carol Oates? Le plaisir peut-être de faire dire à l’un de ses personnages: “Le monde, c’est Don Giovanni et c’est Shakespeare. Moins la beauté.”
Mère disparue Joyce Carol Oates Traduit de l’anglais (États-Unis) par Claude Seban 496 p., Éditions Philippe Rey, 22,80€
Les Femelles Joyce Carol Oates Traduit de l’anglais (États-Unis) par Claude Seban 300 p., Éditions Philippe Rey, 19,80€


