31 mai.
Par Vanessa Postec, à 16:04
En attendant Cannes 2008
Après Cannes, la littérature; avant les films, les livres. Un, celui du coréen Yi Ch'Å?ngjun, pour trois passages à l'écran -La chanteuse de P'ansori, Une grue de mille ans et le plus récent Beyond the Years, tous signés de son compatriote Im Kwônt'aek. Que l'on ne s'y trompe pas, pourtant, Les Gens du Sud n'a rien d'un roman dans son acception la plus courante, et d'un scénario encore moins. Cinq fragments, cinq épisodes d'une même quête, où la méditation remplace l'action, où la lenteur s'impose. Une intrigue minuscule -sujet, verbe, complément: un homme recherche sa soeur. Explications, fragmentaires elles aussi : "L'été qui avait vu l'entrée de ce chant dans le village avait passé rapidement et, une nuit au début de l'été de l'année suivante, la mère de ce garçon mit au monde une forme de petite fille au terme d'une longue et affreuse souffrance, comme si elle la versait au milieu du sang. Le matin même, elle ferma les yeux à jamais. L'homme du chant, les vêtements froissés, ne franchit la haie de la maison que le lendemain matin." Puis il est reparti, le chanteur vagabond, avec à sa suite les deux enfants. Le garçon refusait d'apprendre à chanter, rêvait de tuer son beau-père mais le chant, superbe et puissant, s'est immiscé entre eux pour l'en empêcher, alors le garçon a pris la fuite. Et puis le père a rendu sa demi-soeur aveugle, et puis le père est mort. C'est cette soeur aveugle, incarnation du p'ansori, le chant du ressentiment, que le garçon devenu homme recherche aujourd'hui. Les prémisses sont les mêmes, toujours, dans chacun des cinq fragments, seules les modalités changent. Et les décors. De quoi faire un film, donc, et même trois.
Les Gens du Sud Yi Ch'Å?ngjun Traduit du coréen sous la direction de Patrick Maurus 160 p., Actes Sud, 18,50 ?


