28 mar.
Par Vanessa Postec, à 15:56
Quand la littérature entre en campagne...
Les gens réagissent si différemment devant l'Afrique, dit Scheffler. Certains se sentent menacés, ils essaient de la nier, ils essaient même de recréer et de maintenir l'Europe autour d'eux du mieux qu'ils peuvent. D'autres s'adaptent plus ou moins, mais cela reste un compromis. Qui est prêt à s'abandonner totalement et à se donner à ce pays? Et peut-on les en accuser? Ils reculent; ils ont peur: le pays les menace avec son vide et son silence. Il ne les remarque pas, il ne s'intéresse pas à ce qu'ils essaient d'accomplir." Une simple inversion, l'Europe qui remplacerait l'Afrique et Karel Schoeman entrerait en campagne. Pourtant, il vient du bout du monde. Son Etrange pays, c'est l'Afrique du Sud, et son histoire se passe à la fin du XIXème siècle. Il y est question d'exil, d'identité et d'intégration. Certes, les migrants sont des colons, des Hollandais, des Anglais, des Allemands. Certains sont venus à Bloemfontein porter la bonne parole, d'autres sont arrivés pour faire fortune; les derniers, à l'image de Versluis, bourgeois néerlandais débarqué au milieu de nulle part pour apprivoiser la mort, espèrent brûler leur tuberculose au soleil du veld. Certes, l'histoire s'écrit à l'envers mais les similitudes sont frappantes, la douleur prégnante. Karel Schoeman aurait sa place dans la campagne mais il ne fait pas de politique, il écrit. Karel Schoeman ne juge pas, ne prend même pas partie; il raconte, merveilleusement.
En étrange pays Karel Schoeman Traduit de l'anglais (Afrique du Sud) par Jean Guiloineau 384 p., Phébus, 20 ?


