Les Bienveillantes en septembre, le Tunnel en mars. 900 pages contre 700. On ne reviendra pas sur le premier; le second, c'est encore William H. Gass qui le résume le mieux: Kohler -le narrateur- enseigne l'histoire dans une grande université du Midwest. Il a étudié l'Allemagne dans les années trente, y est retourné avec la Première Armée pendant l'invasion et a été consultant pendant les Procès de Nuremberg. Il écrit alors un livre intitulé Notes de Nuremberg. Son indulgence lui vaut quelques ennuis. Cela fait des années qu'il travaille sur son magnum opus, Culpabilité et Innocence dans l'Allemagne de Hitler. Quand le roman commence, il vient juste de terminer ce livre et s'est lancé dans une préface complaisante quand il s'aperçoit qu'il est incapable de continuer. Il se met alors à écrire le livre que le lecteur a sous les yeux. L'ouvrage en question étant très personnel, et parce qu'il ne veut pas que sa femme le lise, il le cache entre les pages de Culpabilité et Innocence, car il sait qu'elle ne lira jamais ses pages." La banalisation du mal, donc. Celle qui emballe les vicissitudes conjugales, les souvenirs d'enfance -père sectaire et arthritique, mère alcoolique-, les collègues de travail, et les parties de jambes en l'air entre les pages de l'Holocauste. Peut-on tout écrire? On cherche le grand air, la lumière, on suffoque et on oublie de se poser la question. Et Gass creuse et creuse encore, à la recherche de cette petite part d'ombre trop humaine, ce fascisme du coeur". Le Tunnel est brillant, assurément. Oui, mais peut-on vraiment tout écrire? Demandez le donc à William H. Gass. Il est de passage à Paris. Ou plutôt non: allez voir un des derniers grands maîtres américains mais ne lui demandez pas. Patientez encore un peu et lisez le Tunnel.

Mardi 6 février 2007 à 19 h, lecture-rencontre avec William H. Gass, son traducteur Claro et ses éditeurs à la librairie Village Voice, 6, rue Princesse, 75006 Paris.

Le Tunnel
William H. Gass
Le Cherche Midi
à paraître le 1er mars.