100 ans, un âge qui ne va pas du tout à Simone de Beauvoir. Je la préfère plutôt femme dans la « force de l’âge », à l’heure des choix, de l’oeuvre, de l’homme avec qui l’accomplir et de la liberté jusqu’au bout assumée. Ainsi, cette photo de la philosophe nue, qui fait la une du Nouvel Obs, aussi scandaleuse qu’elle puisse paraître aux yeux de certains, évoque cette profonde corrélation entre féminité et engagement, amour et écriture aux mépris de tous diktats bourgeois qui offre à Simone de Beauvoir sa troublante modernité. Si moderne, qu’un colloque sur Simone de Beauvoir devient le théâtre de tous les débats. Elles sont plus d’une centaine depuis trois jours à ressusciter la fougue beauvoirienne au cœur du quartier latin pour l’ouverture du colloque international célébrant le centenaire de Simone de Beauvoir organisé par Julia Kristeva. A quoi ressemble la disciple beauvoirienne ? Jeune parisienne ou ancienne militante, elle connaît l’incipit des Mémoires par cœur, et du Deuxième Sexe, des morceaux choisis. A la pause, ma voisine me confie cette phrase empruntée à La Femme rompue pour justifier sa frénésie « La perpétuelle jeunesse du monde me tient en haleine ». De nombreux hommes sont aussi là, à commencer par l’un de ses « amours nécessaires », Claude Lanzmann. A peine commence t’il à narrer le récit des sept années partagées avec Simone de Beauvoir, que le bouillonnant directeur de la revue des temps modernes laisse voir le jeune homme aux yeux noirs à qui le Castor écrivait, « je me veux mélangée à toi ». Hommage beauvoirien oblige, l’amour n’éclipse pas le combat : il fut remis le prix Simone de Beauvoir à deux femmes incarnant aujourd’hui au plus près ce « destin en action » formulé par la philosophe : Ayaan Hirsi Ali et Taslima Nasreen. Si la première est une députée néerlandaise d’origine somalienne qui s’insurge contre l’excision et la seconde, une gynécologue-écrivain bangladeshi qui dénonce l’oppression de la communauté hindoue dans son pays, elles ont un point commun : elles vivent chacune cachée et recluse pour échapper aux menaces de mort de fondamentalistes musulmans. Femmes dont on essaie de nier l’existence, elles continuent d’écrire refusant la fatalité qui les ferait « vivre à genoux ». Ayaan Hirsi Ali et Talisma Nasreen, visages actuel de la prophétie du Deuxième Sexe, « La femme libre est seulement en train de naître », se devaient d’ouvrir, même par leur insupportable absence, ce cycle d’hommages au si présent Castor.

Colloque international centenaire de Simone de Beauvoir, 9-10-11 janvier, Réfectoire des Cordeliers, 15 rue de l’école de médecine 75006