L’erreur politique : elle n’épargne pas grand monde. Qui sommes nous pour juger ? Personne, certes, mais nous sommes peut-être susceptibles d’apprendre. Images du labyrinthe vient de paraître chez Gallimard, un recueil d’articles de Roger Caillois parus entre 1933 et 1975. Livre fabuleux, de l’extase surréaliste à la découverte d’Alechinsky, Roger Caillois nous mène, d’œuvres en oeuvres, au cœur de sa propre quête existentielle. Au plus fin critique, il donne une leçon d’humilité ; ne jamais perdre de vue que le peintre est avant tout un « escamoteur » qui nous joue des tours et nous perd à sa guise dans son labyrinthe. Mais, dans ce dédale, on se heurte soudain à une phrase jetée à l’artiste osant s’insurger contre le totalitarisme soviétique : « Puisqu’il n’a pas de convictions à défendre et qu’il s’en vante, qu’il adopte donc celles que le gouvernement l’invite à exalter ». Le charme est rompu. Une question domine désormais la lecture : comment Roger Caillois, le grand penseur de l’imaginaire et du sacré, s’est-il perdu dans la défense de la doctrine soviétique ? Il va même plus loin et la lecture de ces phrases aujourd’hui prend un tour particulier, « il en est trop, à la fin, qui réclament l’indépendance et qui n’ont rien à en faire. » Roger Caillois propose une conception de la liberté de l’artiste très, très, personnelle… Il faut « savoir ce qu’on veut et accepter d’en payer le prix », connaît-il l’existence du goulag ? Roger Caillois écrit cela en 1947, Staline règne sur l’URSS. S’il ne réussit tout de même pas à défendre la peinture soviétique, il justifie ainsi le difficile avènement du grand art communiste, « Il convient de prévoir une certaine baisse de qualité, un recul dans la technique et dans l’invention, mais pour préparer ensuite quel superbe et unanime épanouissement ! ». L’idéologue a réussit à museler l’esthète. Heureusement, avec le temps, ce dernier reprend le dessus et touche au plus juste : « Vous vous demanderez si la vie ne fut pas une sorte de brève et passagère infection. ». Peut-être l’utopie communiste offrait-elle à Roger Caillois une échappée dans « ce monde essoré et empli de gloire, tissé de mémoire fourbe et d’attente dupée. ». Un monde labyrinthique pour ceux qui doutent du sérieux de l’existence.

Images du labyrinthe, Roger Caillois, nrf, Gallimard, 135p. 13, 90 euros