Il y a des jours comme ça, il vaudrait mieux rester enfoui sous les couverture de l’hôtel, à compter les motifs fleuris du papier peint et à écouter la pluie s’écraser sur l’auvent de tôle, dehors. On vous parie notre pass bleu contre un pass jaune (les initiés comprendront, pour les autres qu’ils sachent que règne à Cannes l’inégalité par la couleur) qu’on se serait moins emmerdé que devant Killing Them Softly, l’atroce pseudo polar pseudo parodique, pseudo tout ce que vous voudrez mais vraiment raté d’Andrew Dominik, qui avait agacé, mais aussi intrigué avec L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Redford, il y a de cela cinq ans déjà, mon Dieu comme le temps passe ma brave dame. Ceux qui auront tenu jusqu’au bout de cette phrase à rallonge n’auront qu’une petite idée de l’ennui insondable généré par ce cocktail d’imposture et de paresse.

Killing Them Softly est un produit dérivé cheap de la marque déposée Tarantino – soit des dialogues de cul, une bande de bras cassés et des déflagrations d’ultraviolence, le tout sur fond rétro d’Americana. On pensera ce qu’on voudra de Quentin T., voire rien du tout, mais le nerd de la série Z’ n’a jamais confondu le cinéma avec un bouquin de recettes. Andrew Dominik, si. Il se borne à recycler sans grâce des tics piqués à Pulp Fiction ou Reservoir Dogs. Et encore, s’il n’y avait que ça, on ne lui en tiendrait pas tant rigueur.

Mais là où Tarantino construit un micro-univers complètement artificiel – l’équivalent d’une vue en coupe du cerveau d’un cinéphile malade où les films se répondent à l’infini comme dans une chambre d’écho – Andrew Dominik a des prétentions sociales, oui monsieur, et même historiques. Parce qu’il ne va pas se contenter d’un polar roublard (enfin, roublard…), non, trop facile. Il va nous délivrer son discours sur l’état de la nation américaine sinistrée par la crise. Un discours ? Une leçon, plutôt, assénée avec la subtilité d’un calibre 45. Mais on conseille aux pervers (et après tout ils sont légion chez les amateurs de cinéma) de courir le voir : Brad Pitt a l’allure de notre Johnny national, avec le bouc et sans les rides. Rien que pour cette vision surréaliste, on regrette déjà moins les motifs du papier peint de l’hôtel.