Le nouvel ex (si, si souvenez-vous, l’amateur teigneux de Dreyer et de Rolex, tout juste rangé des voitures officielles) aurait débarqué avec perte, fracas et force médias : l’insécurité régnait, tout à l’heure à Cannes. Pire : c’était l’émeute. Bon, on grossit un peu le trait, mais le fait est, on a failli laisser des plumes dans une mêlée de fans énamourés et de photographes plus consciencieux que soucieux des pieds de leurs voisins. Et tout ce ramdam pour qui ? Pour une starlette peroxydée, tout en jambes interminables ? Un tombeur des sunlights, genre Robert « Twilight » Pattinson (du calme mesdames) ? Tout faux. La rock star du moment aligne les films dépressifs pop, les chroniques acidulées de familles en crise. C’est le Jacques Demy de la mélancolie en couleurs, l’enchanteur désenchanté : Wes Anderson.

On parlera comme il se doit de Moonrise Kingdom dans la livraison de juin de votre mag favori, mais on ne résiste pas au plaisir d’y aller de notre petit teaser. Tous les snobs de l’antisnobisme pour qui un film d’Anderson est l’équivalent sur pellicule du concept store de Colette pourront se rhabiller. Moonrise Kingdom n’a pas une once de branchouillerie mal placée. C’est Tristan et Yseult avec les chromes vintage de l’Amérique des sixties, c’est Roméo et Juliette chez les scouts, avec une pincée de Françoise Hardy. Bref, une histoire d’amour juvénile douce-amère chauffée au soleil noir d’une mélancolie pince-sans-rire. Et comme c’est un teaser, on s’arrête là, et on passe à l’autre émeute du jour.

Une émeute ? Une révolution oui, celle qui a secoué le pays des pharaons depuis l’épicentre de la place Tahrir début 2012. Dit comme ça, c’est bien ronflant. Mais Yousri Nasrallah (on se rappelle Femmes du Caire) évite l’emphase épique. Pour un peu il ferait comme Ford et placerait sa caméra entre les pattes des chevaux, acteurs improbables d’un triste épisode de la fronde égyptienne auquel a participé Mahmoud. C’était un de ces mamelouks new-look qui ont chargé les révolutionnaires en février dernier. Mais désarçonné par les contestataires, il n’est plus que la moitié d’un homme aux yeux de ses camarades cavaliers.

Mais ce qui se casse vraiment la figure dans Après la bataille, c’est la révolution elle-même et les mythes paresseux ou intéressés qui l’entourent. Reem, une jeune égyptienne un peu bobo et très engagée débarque un beau jour dans le quartier populaire de Mahmoud. Au fil des rencontres et des bavardages, des attirances et des coups de sang, les catégories confortables se brouillent. La révolution, union sacrée de tout le peuple égyptien ? Oui mais, avertit une amie de Reem, Mahmoud et ses semblables seraient irrécupérables…Les cavaliers de Tahrir, de vulgaire centaures matraqueurs aux ordres du pouvoir ? Ou de pauvres types, dupes de promesses en l’air ? Et Reem, elle-même ? Qu’est-ce qui la pousse ? La bonne parole révolutionnaire ou le charme ténébreux de Mahmoud ? On n’est pas sûr qu’Après la bataille, parfois léger comme un loukoum et un peu gueulard, soit un excellent film. Mais à défaut d’être un pur sang, ce n’est pas un tocard.