Transfuge, le magazine de littérature étrangère

Blog Festival de Cannes
Par Damien Aubel
Vanessa Postec

19 mai.

Jeudi 19 mai 2011

"Ichimei", Takashi Miike, en compétition. - "La piel que habito", Pedro Almodovar, en compétition. - Le jour où il arrive, Hong Sangsoo, Un Certain Regard.

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18 mai.

Mercredi 18 mai 2011

"Avé", Konstantin Bojanov, Semaine de la Critique. - "Tatsumi", Eric Khoo, Un Certain Regard. - "Melancholia", Lars Von Trier, en compétition.

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Mardi 17 mai 2011

"Impardonnables", André Téchiné, Quinzaine des Réalisateurs. - "Le Havre", Aki Kaurismäki, En compétition. - "Skoonheid", Oliver Hermanus, Un Certain Regard.

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16 mai.

Lundi 16 mai 2011

"Duch, le maître des forges de l’enfer", Rithy Panh, Sélection officielle, séance spéciale. - "The Tree of Life", Terrence Malick, en compétition. - "Hors Satan", Bruno Dumont, Un Certain Regard.

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Dimanche 15 mai 2011

"Le Gamin au vélo", Jean-Pierre et Luc Dardenne, en compétition. - "The Artist", Michel Hazanavicius, en compétition. - "Code Blue', Urszula Antoniak, Quinzaine des Réalisateurs.

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Samedi 14 mai 2011

"Footnote", Joseph Cedar, en compétition. - "Porfirio", Alejandro Landes, Quinzaine des Réalisateurs. - "Les Neiges du Kilimandjaro", Robert Guédiguian, Un Certain Regard.

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13 mai.

vendredi 13 mai 2011

Nanni Moretti, "Habemus Papam", en compétition. - Philippe Ramos, "Jeanne captive", Un Certain Regard. - Valérie Donzelli, "La guerre est déclarée", Semaine de la Critique.

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Jeudi 12 mai 2011

"Sleeping Beauty", Julia Leigh, Sélection officielle. - "Restless", Gus Van Sant, Un Certain Regard (ouverture). - "Trabalhar Cansa", Juliana Rojas et Marco Dutra, Un Certain Regard.

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22 mai.

22 mai 2010

Kornel Mundruczo, Un Garçon fragile – Le Projet Frankenstein - En Compétition. Hong Sang-soo, Hahaha - Un Certain Regard. Nikita Mikhalkov, L’Exode – Soleil trompeur 2 - En Compétition.

Cannes 2010, clap de fin – en ce qui nous concerne en tout cas. On s’apprête à plier les gaules et, histoire d’en rajouter une louche dans le registre « tristesse des départs », on s’avale une petite bouffée de sinistrose hongroise avec Un Garçon fragile – Le Projet Frankenstein. Les inconditionnels des éclairages façon aquarium crépusculaire et les amateurs de verdâtre blafard seront comblés : le film de Kornel Mundruczo est un feu d’artifice de lumières anxiogènes. Ca partait d’un bon pied, pourtant, ce film qui revisite le Frankenstein de Mary Shelley. Un cinéaste en pleine fermentation créatrice fait défiler des prétendants aux rôles de son prochain projet pour une séquence de casting d’un surréalisme si ascétique qu’il en devient lugubrement désopilant. Mais le film ne tarde pas à s’enliser dans sa propre caricature, et les mines de six pieds de long de ses personnages deviennent une fastidieuse galerie de portraits accablés. Un peu d’assouplissement des zygomatiques s’impose : on jette son dévolu sur le dernier opus du Marivaux alcoolo coréen, Hong Sang-soo, au titre prometteur – Hahaha. Comme toujours, on picole sec et on s’amuse ferme dans l’enchevêtrement de cette double histoire. Deux copains déroulent, en enquillant les petits verres, les fils embrouillés de leur vie sentimentale. Les histoires se répondent et se croisent dans un vaudeville burlesque, où l’on bavarde de la vie, de l’amour et de la poésie avec autant d’entrain qu’à la grande époque de la Nouvelle Vague. Hong Sang-soo est un immense conteur de cinéma, un prodigieux architecte d’histoires. Mais c’est surtout un poète de l’insignifiant, un des rares à savoir jouer des grandes orgues du mal-être existentiel sur la banalité du quotidien. Une remarque pédante d’un touriste au cours d’une visite suffit ainsi à susciter une envolée frémissante de leur guide, véritable réquisitoire contre la médiocrité des temps présents. Hahaha est un salutaire paradoxe – un film modeste, ludique et ambitieux en même temps. L’ambition, ce n’est pas ce qui manque à Nikita Mikhalkov, dont on vient de s’infliger L’Exode – Soleil trompeur 2, long comme un jour sans blini. On retrouve les Kotov – l’ex-Général, sa fille Nadia – du premier volet de Soleil trompeur, aspirés cette fois dans la tourmente de la Seconde Guerre Mondiale, alors que les Allemands déferlent sur la Russie. Et il y a toujours, patelin et matois, le Petit Père des Peuples à l’arrière-plan. Comme il y a toujours cette propension de Mikhalkov à l’image tapageuse, depuis les personnages aux traits forcés comme des grotesques jusqu’aux scènes de guerre qu’on dirait tout droit sorties de jeux vidéo. Mais le bruit et la fureur ne sont là que pour faire diversion. Car le rêve de Mikhalkov, qui ne lésine pas les effets de lumière chaude et ambrée, ni sur les efforts de composition, c’est un film qui serait l’équivalent d’un tableau historique accroché aux cimaises de l’Ermitage. Le pari est réussi : sa grande fresque boursouflée atteint des sommets d’art pompier. On espère que ce soleil en toc ne trompera pas le jury demain.


21 mai 2010

Apichatpong Weerasethakul, Oncle Boonmee, Celui qui se souvient de ses vies antérieures - En Compétition. Lodge Kerrigan, Rebecca H. (Return to the Dogs) - Un Certain Regard. Fabienne Berthaud, Pieds nus sur les limaces - Quinzaine des Réalisateurs. Woo Ming Jin, The Tiger Factory - Quinzaine des Réalisateurs. Daniele Luchetti, La nostra vita - En Compétition.

La Thaïlande, ses massages, sa cuisine – et son cinéma. Apichatpong Weerasethakul, sans doute le cinéaste dont le nom a été le plus écorché en 63 ans de festival revient avec un safari exotico-spirituel plein d’une enchanteresse langueur : Oncle Boonmee, Celui qui se souvient de ses vies antérieures. Avec son humour au ralenti et son burlesque engourdi, le film distille conversations anodines et gestes méticuleusement captés pour glisser insensiblement sur le territoire de la pure magie. Ce territoire où les incarnations passées et futures de l’oncle Boonmee, tout récent dialysé au seuil de la mort, fraient avec les fantômes de sa femme ou de son fils. Ce territoire qui, depuis Tropical Malady, se confond avec les denses frondaisons de la forêt. Car c’est là, dans ce lacis de pénombre et de lumières diaprées, que l’existence tremble, que les spectres prennent corps et que les corps se spectralisent. Et nul mieux qu’Apichatpong Weerasethakul ne sait saisir ces instants paradoxaux d’hésitation entre l’être et le néant. D’incarnations, il était aussi question dans ce Rebecca H. (Return to the Dogs) dont Lodge Kerrigan, sérieux comme un pape confiait qu’il s’agissait d’un « musical ». Et de fait, malgré les couleurs en voie permanente de décomposition et les plans étirés ad libitum, ce film pour qui l’adjectif « singulier » semble avoir été créé, est une déclaration d’amour à Grace Slick, la voix incandescente du Jefferson Airplane. Une déclaration en cachant toujours une autre, Rebecca H. est aussi un splendide hommage à son actrice. Géraldine Pailhas, moteur et sujet obsessionnel du film, se voit offrir un portrait en forme de prisme où miroitent tour à tour toutes ses incarnations :Grace Slick, la névrotique Rebecca H. du titre, ou encore Géraldine dans son propre rôle. Rebecca H., ou l’anatomie d’une actrice. Pas besoin d’anatomie, en revanche, pour comprendre que Ludivine Sagnier s’est fourvoyée dans la tambouille gnangnan de Fabienne Berthaud. Pieds nus sur les limaces. Ce qui se voudrait un éloge des fantaisies puériles de Lily, espèce d’enfant sauvage n’ayant jamais grandi, n’est qu’une injonction niaiseuse à sortir du moule répressif de la société. Passons. Plus excitant, The Tiger Factory de Woo Ming Jin. C’est riant comme du Bresson un jour de pluie, ça chausse parfois des gros sabots. Mais on n’oubliera pas Ping, cette fille mutique et opaque, ballottée dans un monde où la vie – le sperme des porcs de l’élevage où elle travaille, les nourrissons dont sa tante fait le trafic – n’est qu’une marchandise. On passe des cochons au BTP avec Nostra Vita, le mélo nerveux et intelligent de Daniele Luchetti. L’histoire de Claudio, ce maçon à l’exubérance toute italienne qui a perdu sa femme en couches a la saveur des vieilles tragédies. C’est la révélation qu’il y a toujours une menace sous les apparences du bonheur, une part de faute sous les meilleures intentions – dure leçon que le film résume d’une image magistrale, celle d’un cadavre enseveli en douce sous un immeuble en chantier. La fièvre de l’immobilier, sur la Côte d’Azur, semble même avoir contaminé le Festival.


20 mai.

20 mai 2010

Stephen Kijak, Stones in Exile - Quinzaine des Réalisateurs. Vikramaditya Motwane, Udaan - Un Certain Regar. Doug Liman, Fair Game - En Compétition. Fabrice Gobert, Simon Werner a disparu… - Un Certain Regard.

Fatigué de l’essaim d’aspirantes starlettes qui bourdonne autour des vitrines de luxe en face du Palais des Festivals, on s’est décidé hier soir à aller acclamer, comme le premier fan venu, une star, une vraie. Mick Jagger himself, baskets blanches et taille de guêpe, présentait Stones in Exile, le docu de Stephen Kijak que Sa Majesté Satanique a lui-même produit. La bonne surprise, ce n’est pas seulement un Jagger capable de faire un mini-show même pour cinq minutes d’un exercice convenu – non, la vraie bonne surprise, c’est d’abord le film lui-même. Ouvert par des guest-stars de luxe – dont Scorsese, avec son air docte de comptable maffieux – c’est un tourbillon d’extraits de films, de coupures de presse, sur la gestation chaotique de l’album Exile on Main St. Comme si les images n’avaient plus d’endroit où se poser – à l’instar des Stones, émigrés de luxe sur la Côte d’Azur, loin de leur Angleterre si cosy. Après l’Angleterre, son ex-Empire : l’Inde, pour un détour gastronomique. Parce qu'Udaan de Vikramaditya Motwane, a tout de la sucrerie hypercalorique – le truc qu’on engloutit en douce avec un plaisir coupable. Ca commence comme un Zéro de Conduite made in Bollywood, avec quatre gamins qui font le mur de leur pensionnat. Ca se poursuit dans une veine outrageusement mélo, avec un père despote à faire pâlir les Thénardier, un garçonnet martyr et un héros à la vocation d’écrivain brimée. La jubilation presque enfantine du réalisateur à accumuler ainsi tous les poncifs du roman ou du cinéma populaires est contagieuse – on se laisse prendre au jeu. On s’y laisse moins prendre, en revanche, chez Doug Liman. Bien sûr, son Fair Game remplit le cahier des charges du thriller politique hollywoodien. Caméra hyperactive, réunions fébriles à des pas d’heures, éclatement géographique…Tout y est pour doper le récit d’une péripétie peu glorieuse de l’ère Bush, l’affaire Valerie Plame, cet officier de la CIA victime des manœuvres politiques de la Maison Blanche. Produit bien huilé, sans surprise, si ce n’est, encore une fois, celle de constater que le cinéma américain, fidèle à la grande tradition des Hommes du Président, n’hésite jamais à s’emparer d’une Histoire encore brûlante. Une réactivité qu’on pourrait envier de ce côté-ci de l’Atlantique… Fabrice Gobert, lui, est allé regarder du côté des Etats-Unis pour son Simon Werner a disparu… du côté de Twin Peaks et d’Elephant pour être précis. Le film injecte du Lynch et du Gus Van Sant dans un lycée français frappé par une mystérieuse épidémie de disparitions. On sent que Fabrice Gobert voudrait être à ses inspirateurs américains ce que De Palma est à Hitchcock : un imitateur de génie, moins un copiste qu’un chirurgien disséquant le Maître, s’enfonçant au cœur de l’œuvre. Mais on dirait que Fabrice Gobert n’a retenu de Lynch que ses lumières et de Gus Van Sant ses enfilades de couloirs. Elephant a accouché d’une souris.


19 mai 2010

Jean Paul Civeyrac, Des filles en noir - La quinzaine des réalisateurs. Lee Chang-Dong, Poetry - Séléction officielle.

Le mercredi c’est poésie. Poésie et retour aux années lycée avec le très littéraire Des filles en noir. On a tous connu ces filles tout de noir accoutrées, avec piercings, tatouages et breloques morbides en sus. Ce sont deux de ces ados « gothiques », mal dans leurs Doc Marten’s, qui électrisent le film de Jean Paul Civeyrac. « Electrisent », littéralement : l’intensité nerveuse, la tension qui habitent Noémie et Priscilla ne se relâchent que ponctuellement. Car Jean Paul Civeyrac s’interdit les facilités du film de djeuns. Pas de regard rétrospectif humide sur l’adolescence enfuie non plus, encore moins de fantaisie complaisante façon Klappisch dans Le Péril jeune ou L’Auberge espagnole. A la place c’est tout le sérieux de ces années qui est restitué – leur urgence et leur gravité. Les pulsions suicidaires de Noémie ne sont pas de l’esbroufe ou le jeu un peu vain d’une ado désoeuvrée. Non, c’est le produit d’une quête d’absolu, d’une exigence de pureté et d’intégrité dans l’existence qui ne saurait se satisfaire d’un piètre monde adulte. Et ce n’est pas pour rien que Kleist et Schumann sont convoqués en guest-stars. Pour Civeyrac, l’adolescence est romantique, au sens le plus noble du terme : elle veut l’infini ou rien. Ce désir-là porte un beau nom, un peu vieillot hélas, celui de poésie. On reste dans la poésie avec, justement, le beau Poetry du Coréen Lee Chang-dong. Mija, sexagénaire menue qui met un point d’honneur à arborer de très colorés chemisiers fleuris, se découvre une âme de poétesse. Pas étonnant : la petite dame cultive une douce excentricité, vivant en léger porte-à-faux avec le monde qui l’entoure. Lee Chang-dong s’amuse à brocarder gentiment les rimailleurs amateurs que fréquente Mija - mais c’est pour mieux faire ressortir la puissance, à la fois terrifiante et salvatrice, de l’authentique poésie. Car ce n’est pas un passe-temps inoffensif pour aimables préretraitées, ce n’est pas l’équivalent intellectuel du macramé : c’est un véritable basculement de tous les repères – une manière de voir autrement, au cœur des choses. Et tout le film aiguise ce regard inquisiteur, Mija découvrant les abîmes que cachent ses proches, la laideur et la brutalité tapies sous la réalité. Mais ce vertige du dévoilement aboutit, fugitivement, à un moment d’éblouissement : par la grâce de la poésie – et du cinéma – le visage d’une adolescente suicidée refait surface à l’écran. A la sortie de la séance, changement d’atmosphère : une sono passe Frankie Goes To Hollywood à pleins tubes. La poésie de Cannes, c’est aussi ce genre de rapprochement surréaliste.


19 mai.

18 mai 2010

Abbas Kiarostami, Copie conforme - En Compétition. Xavier Beauvois, Des Hommes et des Dieux - En Compétition. Oliver Schmitz, Le Secret de Chanda - Un Certain Regard.

On serait méchant, on dirait qu’avec Copie conforme, Kiarostami fait du Godard cheap : le ping-pong verbal entre Juliette Binoche et William Shimell est un cocktail philosophico-conceptuel à faible teneur nutritive sur le vrai, le faux, le plaisir, la simplicité et toutes ces sortes de choses. On serait méchant, on ne verrait qu’un gimmick assez vain dans le changement de braquet du récit : on glisse sans crier gare, avec les mêmes personnages, d’un flirt entre un écrivain et une fan à un couple fêlé par quinze ans de mariage. Tout ça sur les lacets des routes de Toscane où à l’ombre de vieilles pierres – comme s’il fallait une caution culturelle pour redorer une banale histoire d’amour usé. Mais c’est Kiarostami, qui filme comme il peint, et qui est encore capable de nous émerveiller, quand un jeu de miroirs crée un plan à double ou à triple fond. N’empêche : copie à revoir pour le maître iranien. Et comme une déconvenue n’arrive jamais seule, on s’est levé avec les poules et avec enthousiasme pour aller voir le Xavier Beauvois, soupe assez indigeste de bons sentiments. L’enlèvement et l’exécution des moines de Tibbhirine, en 96, épisode opaque des troubles islamistes qui ont secoué l’Algérie, donne au cinéaste l’occasion de s’immerger dans les rythmes qui scandent la vie d’un monastère. Les travaux et les jours se succèdent, mais Des Hommes et des Dieux trempe son naturalisme dans un bain de prêchi-prêcha. C’est Lambert Wilson, le supérieur, qui travaille aussi sur le Coran. C’est le bon frère Luc, Michael Lonsdale, comme toujours parfait d’ironie débonnaire, qui se dépense sans compter au dispensaire. Alors oui, bien sûr, tout ça c’est admirable, d’autant plus que c’est serti dans de jolis paysages tout zen pour aider à la méditation. Mais on se demande si le cinéma sert bien à ça. Dans le genre édifiant, Le Secret de Chanda partait sur des bases redoutables. Chanda, petite fille courage des townships sud-africains se cogne au mur de superstitions et de silence qui entourent le SIDA. Oliver Schmitz n’échappe pas au sirènes du pathos, mais il sait aussi que le cinéma est affaire d’espace plus que de kleenex. Son film est un film-gigogne, construit comme un emboîtement de pièges : maisons interdites aux voisins, cercueils, grillages. Chanda se débat au milieu d’un paysage de déni et de dissimulation, le film rendant ainsi palpable l’omerta sud-africaine autour du SIDA. Et si les joueurs du cru sont habités par la même vitalité que les acteurs du film, on a déjà une petite idée des vainqueurs de la Coupe du Monde.


17 mai.

17 mai 2010

Ha’Meshotet de Avishai Sivan - Quinzaine des Réalisateurs. Everything Will Be Fine de Cristoffer Boe - Quinzaine des Réalisateurs.

Au menu ce matin : sexe, eau fraîche et papillotes. Avishai Sivan pose sa caméra dans une famille juive orthodoxe et décline un quotidien terne et répétitif dans une palette de couleurs digne des meilleurs Derrick. Ha’Meshotet flirte parfois dangereusement avec la chronique misérabiliste et en rajoute trop souvent une couche dans le registre de la morosité écrasante. On s’accroche pourtant. Car Avishai Sivan parle de religion, mais à travers le corps – à travers le bas-ventre essentiellement. D’où cette saynète peu ragoûtante, teintée d’un humour pince-sans-rire trash : la prostituée avec qui Isaac, le fils solitaire et souffreteux, se dépucèlera est prise de vomissements et perd ses lentilles de contact dans la bouillie qu’elle crache. Un moment appelé à devenir culte ? Peut-être. Mais c’est surtout une illustration très graphic de la haine religieuse de la sexualité, impureté fondamentale et source d’aveuglement. On est loin de l’hédonisme romantique des jeunes Israéliens de The Bubble, d’Eytan Fox, mais on est à mille lieues aussi du pesant plaidoyer façon Dan et Aaron (Igaal Niddam) sorti cette année. La religion sans modération est une horrible machine répressive, la cause est entendue – mais Avishai Sivan ne démontre pas, il montre. Mieux, il incarne, quitte à ce que ce soit en dégobillant. Après l’obsession du sexe, l’obsession du cinéma. La victime de cette fixette, c’est le héros d’Everything Will Be Fine, polar conspirationniste stylé venu du froid. Du Danemark, exactement. Spontanément, pourtant, on aurait dit des Etats-Unis, aux alentour du Watergate. Car Jacob Falk, scénariste qui vit dans la bulle de ses films en cours d’écriture, c’est le Robert Redford des Trois Jours du Condor, en plus efflanqué peut-être. Et la grosse américaine qu’il conduit tout au long de la spirale parano où il se perd ne fait que renforcer l’illusion. Il est question de camps militaires danois, façon Guantanamo scandinave, de photos révélatrices et de journalistes en quête de scoop. Bref, c’est un hommage léché et plutôt réussi à Pakula et autres Lumet, artisans virtuoses du thriller politique. Rien de plus – mais c’est déjà ça, a-t-on envie de répliquer à nos grincheux voisins de siège qui jouent les blasés.


16 mai.

16 mai 2010

Le quattro volte de Michelangelo Frammartino - Quinzaine des Réalisateurs. Cleveland contre Wall Street de Jean-Stéphane Bron - Quinzaine des Réalisateurs. I Wish I Knew de Jia Zhangke - Un Certain Regard.

Elles n’ont pas de robes en lamé, pas de hauts talons vernis, mais ce sont nos stars du jour : les chèvres gambadeuses du vieux berger secoué de quintes de toux de Michelangelo Frammartino. Ca commence façon janséniste, sous le signe d’un naturalisme âpre, avec le cycle des gestes rudes du quotidien et cette silhouette voûtée de vieillard s’acheminant vers la mort. Mais, ici et là, Le quattro volte est semé de détails intrigants, d’îlots de surréalisme qui mettent la puce à l’oreille. Et de fait, la rugueuse chronique paysanne fait une embardée dans le burlesque pur : la Passion du Christ, rejouée par les villageois, est perturbée par un chien de berger bien peu respectueux des œuvres de Dieu. Rien d’étonnant dans un film qui assume tranquillement un paganisme sans complexe et qui s’amuse à enchaîner les réincarnations. Chevreau, arbre ou fumée, tout est bon pour loger l’esprit des défunts. Et rarement on aura été troublé à ce point par des séquences animalières, rarement des concerts de bêlements auront été aussi humains. Retour sur terre avec un docu suisse sur la crise des subprimes. On avoue, on y est allé en traînant un peu les pieds et en se disant que ça serait l’occasion d’une petite sieste bercée par des litanies de chiffres. A tort. Cleveland contre Wall Street est à des années-lumière du pensum abstrus et n’a rien à voir non plus avec les effets de manche populo d’un Michael Moore. Des citoyens de Cleveland, laminée par la crise et les saisies immobilières consécutives, décident de s’attaquer à la racine du mal : Wall Street. Le film est le récit du procès intenté à un système pervers. Un film où tout est authentique – avocats, jurés, témoins – sauf le procès lui-même, qui n’a rien d’officiel. C’est qu’il ne s’agit pas seulement de décortiquer titrisation et autres prêts hypothécaires, mais d’abord de susciter un discret vertige entre le vrai et le faux. Autre vertige, celui-ci entre passé et présent : le film de Jia Zhangke, I Wish I Knew, ode à Shanghai, aux Shanghai d’hier et d’aujourd’hui qui n’en finissent pas de se superposer et de s’entrecroiser. Mais le beau film du réalisateur de The World ou Still Life n’a rien d’un casse-tête chinois : tout s’écoule harmonieusement, les témoignages des uns et les extraits de films des autres. C’est que I Wish I Knew est également un concentré de cinéma, puisant des images et des séquences chez Hou Hsiao-hsien ou Wong Kar-wai. Une ville est un film, suggère Jia Zhangke – et ce n’est pas ici, à Cannes, qu’on le contredira.


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