May B, nouvelle version

A voir cette semaine, une réinvention du spectacle culte de Maguy Marin, le puissant et beckettien May B.
Par Charlotte Imbault
le Mercredi 11 Avril 2018

may bUne danse peut-elle vieillir ? May B, pièce emblématique du répertoire de la chorégraphe Maguy Marin, a été créée en 1981 et se rejoue encore aujourd'hui. Ce n'est pas la première fois, bien sûr, que la pièce est reprise. Il n'y a pas si longtemps, en 2012, elle était redansée par les interprètes de la création dont le corps avait pris de l'âge tout autant que la pièce. Aujourd'hui, on pourrait dire que cette reprise a des airs de recréation et la question serait plutôt comment une danse vieillit-elle ? Ce n'est plus Maguy Marin qui s'est occupée de remonter la pièce ou, autrement dit, de remettre la pièce dans le corps des dix interprètes. Mais une autre chorégraphe, brésilienne, à la renommée internationale : Lia Rodrigues qui participait en tant que danseuse à sa création en 1981. Maguy Marin a accepté que Lia Rodrigues transmette la pièce à de jeunes danseurs de l'école libre de Maré, nommée « Nucleo dois » et située à Rio de Janeiro. L'écriture et la dramaturgie, très becketiennes, qui ont été à l'origine de son succès, restent inchangées. Seuls les corps sont différents et cela fait beaucoup. Les corps sont jeunes, ils sont encore en apprentissage. Les personnages de May B sont vieux, légèrement courbés, les pieds qui frappent le sol, traînants, la démarche lourde et fatiguée, claudiquante. Ils sont recouverts de blancs, avec des caractéristiques physiques singulières comme un nez particulièrement long, ou des yeux cerclés de noir. Les personnages viennent d'un autre temps. Les corps jeunes du « Nucleo dois », sous ces costumes et cette poudre blanche, fouettent la vieillesse. Le sens en serait presque changé. 

Pendant toute la première partie, sur la musique de Gilles de Binche, très carnaval, qui accompagne les danses de groupe et les duos, les hanches et les mouvements sont chaloupés tels qu'ils ne l'ont jamais été. La vieillesse d'un personnage est une vieillesse vive. Les muscles des danseurs semblent avoir du mal à contenir leur vivacité. Pour toute la thématique de l'errance sans fin qui habite la seconde partie de la pièce, la légèreté de leurs pas enlève un peu de poids au tragique. La pièce en deviendrait encore plus délicieusement satirique. Satirique car May B est avant tout une pièce qui dépeint les relations humaines et souvent sous leurs aspects les plus noirs : un monde individualiste où règnerait la règle du « chacun pour soi », un monde qui dépeint des inégalités... Et plus délicieusement satirique par la distance que les corps jeunes apportent à la vieillesse des personnages. Mais la jeunesse des corps n'enlève absolument rien à la magie de ce bijou chorégraphique. On suit inlassablement l'unisson désaccordé de ce groupe qui se cherche. Toute l'humanité des scènes et des gestes transperce et transpire. L'émotion n'a pas de corps, ni d'âge.

May B de Maguy Marin, jusqu'au 14 avril au Centquatre dans le cadre du festival Séquence Danse, le 24 avril à la MA scène nationale de Montbéliard, du 25 au 27 avril à la MC2 de Grenoble et le 2 mai au Théâtre Jean-Vilar à Vitry-sur-Seine.

 

 

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