La magie Méliès

Superbe spectacle consacré au cinéaste George Méliès, M comme Méliès d'Elise Vigier et Marcial di Fonzo Bo
Par Oriane Jeancourt Galignani
le Lundi 26 Mars 2018

melies
©Tristan Jeanne-Valès


La folie de Méliès est une énergie, comme la poussière des comètes, ou l'électricité, que quelques-unes de ses images suffisent à transmettre. Qu'un homme ait réussit, en 1902, à faire des films comme l'inoubliable et célèbre Voyage dans la lune ne laisse pas d'étonner. Comment une si singulière fantaisie a-t-elle pu émerger à cette époque-là, dans ce Paris de cabarets aux noms louches, « le Néant », aux voitures à cheval, et à l'Exposition universelle qui peine à émerger ? Quelles techniques, quelles audaces, quelles ambitions, et bien sûr quelle folie ont-été requises pour parvenir à créer une oeuvre pareille ? Celle d'un fils d'artisan et d'un prestidigitateur, élève de Robert Houdin, habitué du musée Grévin. Celle d'un enfant qui rêvait de conquérir la lune, d'un boulimique de travail qui aimait vivre avec comédiennes et danseuses. L'entreprise de Marcial Di Fonzo Bo et Elise Vigier de ressusciter non seulement l'homme George Méliès, mais surtout l'oeuvre en train de se faire, est une idée superbe. Loin de toute lourdeur pédagogique, ce spectacle ne cherche pas à enseigner la vie de Méliès, mais à faire vivre l'esprit du créateur. Avec la liberté qui les caractérise, les metteurs en scène signent un spectacle qui allie spontanéité et technicité. Ainsi se succèdent vidéos et théâtre de tréteau, jeu des corps et dialogues écrits, mises en abymes et fantaisies dans une mise en scène soigneusement élaborée. Le plaisir du spectateur est à son comble dans la première partie, alors que se succèdent des numéros d'artistes, travestis en personnages des mille et une nuits, et autres fantaisies de cabaret 1900, qui amusent enfants et adultes. Sur scène, une jeune troupe de la Comédie de Saint Etienne, cinq comédiens, trois jeunes femmes et deux hommes, d'une maturité et d'une plasticité folles. Tour à tour acrobates, magiciens, clowns, ils se hissent à la hauteur du caméléon Méliès, dont on découvre au cours de ce spectacle les métamorphoses. Ce samedi de représentation à Chaillot, les enfants peuplaient la moitié de la salle. Mais le spectacle ne s'adresse pas seulement à eux : l'imaginaire qu'il déploie s'ancre aussi bien dans l'enfance, que dans une fantasmagorie onirique, proche des toiles d'un Chagall, ou de l'effervescence chamarrée d'un Toulouse-Lautrec. Ce joyeux chaos s'entrelace à une véritable démonstration technique de la naissance du cinéma : à plusieurs reprises, et sans perdre le ton comique général, les comédiens décomposent une image, décrivent les premiers studios du réalisateur, ou décrivent la révolution du cinéma naissant. Mais on ne perd jamais de vue le rêve premier de Méliès ; lorsque le spectacle commence, un enfant se prépare à rejoindre la lune. Une marionnette le rejoint, à son image, et reproduit ses gestes. Jeu mimétique qui embrasse l'homme, et l'imaginaire, le vrai Méliès, mort en retraité anonyme et ruiné -« vous n'êtes qu'un artiste ! » lui lance un producteur de la jeune maison Pathé-et l'immortel Méliès, l'enfant rêveur qui a rejoint la lune. Il fallait un art et une sensibilité pour faire descendre cette énergie Méliès sur scène : ce spectacle y est parvenu.  

à voir à Chaillot jusqu'au 29 mars, et à la Comédie de Reims, les 31 mai et 1er juin.

Retour | Haut de page | Imprimer cette page
 
Abonnez-vous au Club Transfuge !