Théâtre : L'Empire des lumières d'après Kim Young-ha à la MC93

Stupéfiant spectacle de cette saison, L'Empire des lumières d'après Kim Young-ha, mise en scène d'Arthur Nauzyciel, nous plonge dans les vertiges de l'identité, et de l'histoire coréenne. À voir en novembre au TNB de Rennes, et en décembre à la MC93.
Par Charlotte Persicaire
le Jeudi 09 Novembre 2017

empire des lumières«L'Empire des lumières » ne désigne pas seulement la fameuse série de Magritte d'une maison isolée, où brille une lumière solitaire. C'est aussi le titre d'un roman d'espionnage à succès du coréen Kim Young-ha. On peut pourtant penser aux tableaux de Magritte lorsqu'on assiste au spectacle adapté par Arthur Nauzyciel et Valérie Mréjen, et mis en scène par Arthur Nauzyciel. Dans le sillon pluriculturel qu'il trace depuis quinze ans, Nauzyciel fait appel à des acteurs coréens du National Theater Company of Korea, et à deux immenses célébrités coréennes : Moon So-ri, star de cinéma, et égérie de Hong Sang-soo, et Hyun-jun Ju, comédien de théâtre adulé. Ils nous plongent dans un Séoul hanté, déserté, dont les autoroutes et les gratte-ciels apparaissent au début du spectacle. Mais le vide est autre dans ce spectacle, il est intime. Ce sont des personnages, placés devant de vastes écrans, où leurs propres visages sont projetés, dans d'autres situations que celles qu'ils narrent. Ce sont des personnages qui se racontent face à d'autres personnages, réunis autour d'une table, qui les observent. C'est un homme, une femme qui ne savent plus qui ils sont, où ils sont, ce qu'ils forment tous deux et la mise en scène vient amplifier, cerner le vide. Lorsque le spectacle s'ouvre, l'homme et la femme au centre du récit sont sur le point de s'effondrer. « Tout va bien dans ma vie » dit l'homme, incarné avec gravité par Hyun Jun-ji. Et le ton qu'il emprunte, (même en coréen), nous assure qu'il ne croit pas à ce qu'il dit. Ils vont s'effondrer, on le devine, on le sent, et lorsqu'au tiers, l'homme nous annonce qu'il doit tout quitter, abandonner jusqu'à son identité, qu'il est un espion dormant de la Corée du Nord, on comprend enfin ce que le spectacle ne cessait de nous annoncer ; la vie de ce couple est un mensonge, jusqu'à l'os. L'homme porte le nom d'un autre homme, pour feindre une vie qui n'est pas la sienne. Il s'interroge : « Je me demande parfois où est celui qui m'a prêté son existence. Il m'arrive de rêver de lui. C'est un homme sans visage qui se tient à mon chevet. Il ne dit rien mais je devine que c'est le vrai. » La mise en scène se fonde aussi de manière subtile, sur les ombres et les reflets. L'ombre de l'homme qui porte un faux nom peut disparaître puis réapparaitre. Chose étrange qui nous fait douter de son existence. Les images sur le vaste écran viennent aussi montrer ce qui nourrit les cerveaux des personnages, ces images, de dessin animé par exemple, qui les ont modelés. A chacune des scènes, particulièrement celles consacrées au personnage féminin, magnifique Moon So-ri, de nouveaux récits, de nouvelles images sont déployés, sans que ce terrible sentiment de vide ne quitte les personnages, ni ce pays, la Corée, dont on découvre la singulière mélancolie.

L'EMPIRE DES LUMIÈRES Mise en scène d'Arthur Nauzyciel, avec Hyun-jun Ji, Moon So-ri, du 9 au 18 novembre au Théâtre National de Bretagne, et du 5 au 10 décembre à la MC93

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