SUBJECTIF

Un nouveau média culturel
Par TRANSFUGE
le Mardi 06 Février 2018

SUBJECTIF

Prenons un peu de temps, de recul et imaginons un instant un monde où la culture ne serait plus formatée par le flux incessant de l'actualité incessante. Un monde où elle pourrait se déployer sous toutes ses formes, où les créateurs pourraient parler de ce qui leur importe, réfléchir en toute liberté, échanger entre eux et avec le public. Un monde où un artiste ne serait plus étiqueté avec une seule de ses fonctions, cantonné dans une seule case. Subjectif est ce nouveau média culturel. Un hypermedia . Une utopie culturelle sur le point de voir le jour. Un lieu d'abord de plaisirs, d'intelligence et d'échanges.

Pour son co-fondateur et directeur des programmes, Gilles Verdiani, il a d'abord été question d'inventer le média auquel lui-même rêvait, celui dont il avait le désir mais qui n'existait pas encore : « Bien qu'il reste France Culture et Arte, les grands médias s'adressent de moins en moins aux gens qui s'intéressent vraiment à la culture, aux gens comme moi pour qui la culture est essentielle dans la vie. La plupart des médias partent du principe que pour une grande partie de leur public, la culture est lointaine, voire qu'elle fait peur. Dès qu'ils se risquent dans la culture classique ou considérée comme pointue, ils prennent mille précautions, qui vident soudain leurs programmes « culturels » de tout intérêt pour un public cultivé. Même dans les médias qui n'ont pas peur de proposer de la culture, la tendance est à l'esprit pop. Les Rolling Stones ou Madame Bovary en 5 minutes, c'est éventuellement amusant pour ceux qui connaissent Flaubert ou les Stones mais pour les autres, ça ne sert à rien ! Et ça coûte un fric fou à fabriquer. Il y a des pans entiers de la culture qui perdent à être « poppifiés ». Les chansons de David Bowie, c'est pop. La Recherche du Temps perdu , on a beau le prendre par tous les bouts, ce n'est pas pop. Ce type de format digest , ça ne marche pas pour tout.  Moi je trouve cette démarche frustrante, et je me dis que je ne suis pas seul. Il n'y a rien pour nous, ou si peu. »

 SUBJECTIF

Gilles Verdiani a été concepteur-rédacteur, critique de cinéma, journaliste ; aujourd'hui, il est scénariste, auteur pour la télévision, réalisateur et romancier. Subjectif regroupe toutes ses activités. Il est le fruit de réflexions entamées au fil de ses expériences professionnelles, de sa connaissance des médias. « Je me suis un jour dit que dans un monde normal, quelqu'un comme Pacôme Thiellement, par exemple, aurait son propre show, sa propre émission. Un tel auteur, avec une culture si singulière, si étonnante, une personnalité pareille, capable de parler avec autant d'inspiration de Franck Zappa, de Lost et la pensée gnostique, devrait avoir son programme à lui. Un lieu où il pourrait parler, au rythme qui lui plait, de ce qui compte pour lui. C'est donc ce que je me suis décidé à faire, lui donner cette chance. C'est comme ça que tout a commencé.» 

Un hypermédia de culture contemporaine

La principale difficulté consistait à trouver la forme adéquate à ce nouveau média. Ce sera l'hypermédia, un concept mis au point par les créateurs de Subjectif « sans rien inventer, juste en rassemblant et en améliorant des choses qui existent déjà, explique Verdiani. Les trois idées fortes, c'est primo le multicanal (de la vidéo, de l'audio, des textes, des images fixes), secundo l'interactivité du réseau social, et tertio ce que j'appelle le design temporel  : des programmes de durée variée, de 3 mn à 1 heure, pour s'adapter aux disponibilités du public ; des programmes toujours présentés en série ou en feuilleton, pour que l'on ait envie de connaître la suite ; et une durée totale limitée (3h par semaine, soit 12h par mois). » Dit autrement : une télé/radio/revue en ligne, avec son réseau social, qui vous propose seulement 3 heures de nouveaux programmes chaque semaine, pour que vous ayez le temps de tout voir/entendre/lire/discuter.

Ce n'est pas très différent de Facebook, finalement...

« Oui, Facebook nous a inspirés. Mais dans Facebook, personne n'est payé, ni celui qui poste des statuts intéressants, ni l'auteur de l'article ou de la vidéo partagés. Toutes ces actions fournies gratuitement sont transformées en data et vendues par Facebook à des annonceurs. Déjà, c'est un échange assez déséquilibré. En plus, l'usager ne voit que les contenus choisis pour lui par l'algorithme. Sur Subjectif, c'est tout le contraire : celui qui crée de la valeur et qui est rémunéré, c'est l'auteur. Les commentaires des abonnés sur les programmes ne sont pas vendus à l'extérieur. Et le seul algorithme qui guide le choix des abonnés vers tel ou tel programme, c'est leurs goûts, leur curiosité, et le plaisir qu'ils ont pris à voir les épisodes précédents.» 

Quels types de programmes ?

Sur le site de Subjectif, moyennant abonnement, que trouve-t-on ? Une page consacrée à chaque programme, qui présente le principe du programme, un portrait de l'auteur, et une introduction à l'épisode proposé. L'interactivité est aussi totale que limpide. Il s'agissait ensuite de savoir quels auteurs choisir, quels programmes leur offrir et pourquoi. Gilles Verdiani : « Il y a deux sortes d'auteur : ceux qui font déjà des choses dans l'espace médiatique, et les autres. Aux premiers je ne peux pas demander de refaire ce qu'ils font déjà ailleurs. Quelqu'un comme Philippe Rouyer ne va pas faire ici ce qu'il fait déjà dans Le Cercle sur Canal +, Pacôme Thiellement ne va intervenir dans les mêmes domaines que ceux qu'il aborde dans Mauvais Genres sur France Culture. Il fallait donc essayer de formaliser ensemble une autre idée, quelque chose de nouveau pour chacun. On voulait ensuite mettre en avant des gens qui n'ont pas d'activité médiatique régulière, comme l'écrivain Vincent Message, la chanteuse Elli Medeiros, la cinéaste et écrivaine Flore Vasseur, l'astrophysicien Aurélien Barrau. Il fallait donc trouver des concepts qui correspondent à l'envie de chacun.  Parfois, c'était très intuitif. Prenez Sarah Ohana, qui fait de la recherche en esthétique et notamment en cinéma. Je me rappelle qu'elle faisait énormément de rapprochement sur Facebook entre des scènes de films et des tableaux. Ça m'a beaucoup intéressé. Elle a eu cette phrase : c'est la cinéphilie qui m'a fait découvrir tout le reste de ma culture. Alors c'est exactement ça que l'on va raconter. On a imaginé un programme qui s'appelle : A travers l'écran où, on explorera, à partir d'extraits de films, divers aspects de la culture (littéraire, musical, historique, psychanalytique).»

Chaque émission, audio ou vidéo, est d'une durée variable, en fonction des désirs et des champs de recherche de chacun. Certaines émissions mettent en valeur la parole d'un seul artiste ou chercheur, tandis que d'autres feront intervenir des invités. Avec un intérêt très relatif pour l'actualité. « L'actualité, il y a beaucoup de média pour ça, explique Verdiani. Des médias qui la fabriquent, la racontent, la commentent. En général, cette actualité est nationale. Nous, on va essayer de parler, au mieux, de l'époque, une notion qui n'a pas de frontière même si elle a des rythmes et des formes différentes selon les endroits du globe. Et comme notre époque est celle d'un changement de civilisation, ça pourra nous entraîner assez loin dans le passé de cette civilisation. La culture contemporaine, c'est un regard contemporain sur la culture humaine, un truc qui a commencé il y 300 000 ans environ, et qui va durer encore quelques siècles, si tout va bien.»

Quels auteurs ?

La liste des auteurs donne le tournis. Par la diversité des approches, des connaissances, des thèmes abordés et des formats. On y trouve des gens comme Pacôme Thiellement qui s'exprimera par épisode de 20 minutes, en compagnie de la comédienne Hermine Karageuzh, sur la poésie francophone. La critique Marion Zillo interroge les rapports entre l'art contemporain et l'époque. La chanteuse Camille Bertault et l'anthropologue Régis Meyran décortiquent des morceaux de jazz. Flore Vasseur questionne les expériences démocratiques. La journaliste et auteure Camille Labro problématise l'écologie. L'historien de la musique Marc Dumont nous fait partager sa passion du classique. La critique et auteure Cécile Guibert met les mots en lumière. Verdiani lui-même, avec la comédienne Judith d'Aleazzo, interrogeront l'imaginaire érotique de leurs invités. L 'écrivain Eric Poindron fait parler les objets. Le philosophe Laurent Sutter veut agiter les idées avec ses invités. Le critique et historien du cinéma Philippe Rouyer partagera ses émotions cinéphiles. Les correspondants de Subjectif envoient des lettres des quatre coins du monde, de Tunis à Buenos-Aires en passant par Kinshasa et Seoul. Même le sport est mis en avant grâce à la romancière Cécile Coulon. Quant à Rachel Kahn, actrice et écrivaine au parcours sensationnel, elle recevra et fera dialoguer , dans avec son émission Awale, des créateurs francophones. 

Inventer une écriture pour les programmes culturels sur le web.

Même la réalisation de chaque programme a été pensée de façon à offrir d'autres formes, pour sortir des carcans, pour penser la mise en scène de la parole qui est déployée. La réalisation des programmes vidéo a été confiée à des cinéastes et vidéastes comme Philippe Fernandez, Antoine Mocquet , Clémence Demesme ou François Barge-Prieur. 

Sur Subjectif, rien n'importe donc plus que l'auteur. C'est en misant sur cette confiance donnée à l'artiste que le lien pourra se faire réellement avec l'abonné. Pour Verdiani, il s'agissait de redonner aux auteurs un statut que les médias leur ont retirés, les ayant transformés en simples VRP de leurs propres créations : «  Dans l'immense majorité des cas, quand quelqu'un dit quelque chose d'intéressant, de personnel, de profond dans un média, il n'est pas payé pour cela. Il a été invité officiellement pour promouvoir son travail, officieusement pour remplir le tube, mais c'est toujours gratuit. Cette idée que la parole des savants, des penseurs, des écrivains, n'est plus valorisée en tant que telle me semble dégueulasse. Sur Subjectif, tous ceux qui parlent ou écrivent sont rémunérés, et il me semble que c'est la moindre des choses. »

En compagnie de ses associés la plasticienne, ancienne journaliste, Edith Simonnet et le producteur de cinéma et de télévision Hervé Lavayssière, Gilles Verdiani a pensé l'utopie culturelle de demain, l'hypermédia total. Cette utopie, le numérique le permet désormais. Elle est sur le point d'exister. En mai, elle implosera et naitra au milieu d'un univers culturel jusqu'à présent froid. 

Subjectif Hypermedia de culture contemporaine

à partir de 10 euros d'abonnement par mois.

Souscription libre et pré-abonnement déjà en ligne. 

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