L'art du doute

Jeune artiste ayant intégré le Cercle de formation et de transmission du TNP, dispositif d'accompagnement de metteurs en scène, Julie Guichard crée Nos cortèges de la jeune autrice Perrine Gérard.
Par Caroline Châtelet
le Samedi 18 Novembre 2017

ART DU DOUTEVilleurbanne, 14 novembre. Au Théâtre national populaire joue depuis une semaine dans la grande salle Je suis Fassbinder. Écrite par Falk Richter et mise en scène par Stanislas Nordey, la pièce entend brosser un portrait de notre société, en ressassant certains des pires et des plus monstrueux lieux communs de la pensée contemporaine (racisme, notamment). Pendant ce temps, dans la plus petite salle du TNP, ont lieu les derniers réglages de Nos cortèges, création de la compagnie Le Grand Nulle Part explorant d'autres formes de monstruosité. A deux jours de la première, la metteuse en scène Julie Guichard alterne entre passages de scènes et notes (indications de jeux et d'intentions). « Ce qui est dit est drôle, mais il ne faut pas jouer que ça l'est », rappelle-t-elle notamment aux comédiens. Une remarque qui vaudrait aisément pour l'ensemble de la pièce écrite par Perrine Gérard. Car racontant l'histoire d'Ariane, de son frère Tristan, et de Dolorès, qu'ils rencontrent, Nos cortèges nous balade d'états en hypothèses, de situations en émotions. La pièce propose des scènes dont les atmosphères et actions sont sans cesse déstabilisées, mises en rupture. Comme le précise Julie Guichard, l'envie de l'équipe était de travailler sur une « écriture pure au plateau, qui fonctionne sur l'inattendu » tout en explorant la monstruosité dans le champ de l'intime. « Comment une catastrophe détruit les relations, empêche de vivre avec les autres. » Après de précédents projets, tel la réunion des deux pièces Léonce et Léna et Woyzeck de Georg Büchner, Nos Cortèges affirme encore un peu plus une écriture fragmentaire. Cette forme s'enracine dès l'écriture, l'autrice Perrine Gérard ayant écrit des scènes sans connaître l'enchaînement final. Un procédé qui lui a permis, selon elle, d'être « surprise. Écrire sans savoir comment une scène va se répercuter sur la suivante crée une liberté géniale. »

L'ordre et le récit définitifs, ce sont les répétitions qui les ont générés, ces dernières ayant permis, pour Julie Guichard, « d'éprouver ce qui fonctionnait, de sentir le rythme. » Parmi les scènes du jour, l'équipe répète celle de la fête d'anniversaire d'Ariane. Ou comment dans une séquence a priori joyeuse affleure le drame ayant affecté Tristan. Mais chaque atmosphère n'est qu'esquissée, et déjà les comédiens font pivoter les deux panneaux permettant de signifier des espaces intérieurs ou extérieurs. On pourrait, ainsi, voir Nos Cortèges comme une création où chaque scène vient déconstruire la précédente, ou, à tout le moins, mettre en doute son univocité, les espaces se succédant comme les couches d'émotions et de tragédies qui composent des vies. Peut-être, également, est-ce une manière pour la jeune équipe, de défendre, selon Julie Guichard, un théâtre « sans jugement ni morale. Nous ne sommes pas là pour donner des réponses mais pour proposer des questions. »

de Perrine Gérard mise en scène Julie Guichard
du jeudi 16 novembre au mercredi 13 décembre 2017 au TNP
https://www.tnp-villeurbanne.com

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