THE OSCARS

C'était la 88e cérémonie des Oscars l'autre nuit. Billet de (mauvaise) humeur.
Par Damien Aubel
le Lundi 29 Février 2016

Et voilà, la nuit, fébrile, limite convulsive, sous perfu de caféine, de Kronenbourg et de de quatre-fromages tiédie s'est achevée, on ose à peine contempler notre reflet hâve dans les vitres du métro matinal, mais, au moins, on aura vu jusqu'au bout cette 88e édition du Superbowl. On aura vibré, frémi, braillé au rythme des cavalcades apocalyptiques de ces splendides bêtes à concours, on aura communié dans la ferveur publicitaire du tout télévisuel.

- Le Superbowl ? Tu retardes...

- Ah, pardon, on voulait dire les Oscars, ça nous apprendra veiller indûment. Mais la confusion est compréhensible, légitime, même. Je ne vais pas te faire le coup du David critique qui plante ses dards de moustique dans les flancs du Goliath de l'entertainment lequel s'en soucie à peu près autant que d'un court métrage kazakh muet, je ne vais pas te rejouer le petit village gaulois de la vieille Europe versus le barnum capitalistico-médiatique de nos vis-à-vis transatlantiques ; je ne vais pas non plus pousser des clameurs extatiques (et méritées) pour l'intronisation du Fils de Saul de Laszlo Nemes dans le club ultra-select des meilleurs films en langue étrangère ; je ne vais...

- Allez, au fait ! Tu es d'humeur grognonne, lâche-toi...

- Bon alors je déballe tout. La statuette du meilleur film va à Spotlight, qui n'a rien d'indigne, de la belle ouvrage, soigneusement chantournée sur le métier, du bon vieux film à dossier des familles ma brave dame. Ce qui, après tout, n'aurait rien de répréhensible en soi, c'est dans les vieux pots, etc. Reste qu'on a le soupçon, mauvais esprit qu'on est, que le côté gros sujet (église + pédophilie + média) a pesé dans la balance plaquée or des Oscars ; que le film récolte sans doute les fruits d'un malentendu bien dans l'air du temps, ou, disons plus nettement, d'un brouillage mal démêlable entre journalisme (le matériau à sensation), Histoire (la chronique d'un fait réel), affectation de gravité (le monde va mal, c'est entendu, même l'épicentre du divertissement se doit de se préoccuper de choses sérieuses) et cinéma...

- Tu exagères... et DiCaprio en meilleur acteur dans The Revenant, tu ne vas quand même pas faire la gueule ?

- Ben si, un peu. Il a enfin eu son César, très bien, on respire, soulagé, le talent n'est plus orphelin de sa distinction, la reconnaissance est entérinée, officielle, tout ce qu'on veut... Sauf qu'il l'a eu pour un rôle-performance, je veux dire un de ces rôles dont on mesure la réussite à l'aune de la dépense énergétique, de l'investissement physique et psychique. Un de ces rôles qui se voit, dont on peut apprécier (au sens comptable : évaluer) l'effort. Une démonstration, en quelque sorte, un gigantesque screen-test.

- Rabat-joie, va !

- Au moins je ne t'ai pas rebattu les oreilles de l'absence de « diversité » dans les nominations ou du discours de Chris Rock...

Damien Aubel

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