"Les portes s'ouvrent un peu maintenant"

A quoi ça ressemble un cinéaste au travail. Surtout quand il s'agit du prodige philippin Lav Diaz ? Entretien mené par son ami Nicolas Klotz à l'occasion de la sortie de La Femme qui est partie, Lion d'or 2016.
Par Nicolas Klotz
le Mardi 31 Janvier 2017

lav diazNicolas Klotz: Tes films sont projetés aujourd'hui dans le monde entier et viennent d'être primés à Locarno, Berlin et Venise. Est-ce que cela change quelque chose dans ta manière de travailler ?

Lav Diaz : Pas vraiment. C'est plutôt une leçon d'humilité que mes films soient reconnus comme ça. De toutes manières je ne fais pas du cinéma pour recevoir ces prix, mais ce sont des affirmations très optimistes, surtout pour les cinéastes marginaux comme moi. Les portes s'ouvrent un peu maintenant.

N.K.: Je trouve très émouvant le travail que tu as fait avec John Lloyd Cruz dans le rôle de Hollanda, comment travaillez-vous ensemble ?

Lav Diaz : John est un acteur insensé, très intuitif, qui pense et s'engage beaucoup. Lorsque nous avions des discussions sur le rôle ou sur le film, j'ai seulement répondu aux questions très concrètes qu'il posait et dont il avait besoin pour comprendre le travail. Il parle peu, ne pose pas beaucoup de questions, et je respecte ça. Il faut donner de l'espace aux grands acteurs, les laisser faire, alors ils te donnent beaucoup. Cequi marche entre nous, c'est notre confiance et notre engagement. Nous nous sommes bien rencontrés sur le film précédent, A Lullaby to the Sorrowful Mystery. A partir de là, un lien fort est né entre nous, articulé autour de notre foi dans le cinéma et dans l'humanité.

N.K.: Comment avez-vous travaillé sur la séquence de danse, celle où Horacia rencontre Hollanda ?

Lav Diaz : Je lui ai juste dit qu'il lui fallait imaginer une sorte de routine de danse, avec ses propres gestes, ses propres mouvements, et qu'il devait entrer en fusion avec Hollanda. Danser « à la manière » de Hollanda. J'ai découvert quelques fragments de ces routines seulement pendant les prises. Je n'aime pas les répétitions rigides. La direction d'acteurs est plus pédagogique chez moi. Je ne veux pas imposer des choses. Je montre le cadre aux acteurs, l'espace qu'ils peuvent s'approprier, les déplacements, je leur donne quelques notes, il y a juste quelques discussions sur des choses très concrètes comme la manière de dire le texte, la rythmique des dialogues, les intonations. Comme je travaille avec des plans longs et souvent fixes, c'est très important que le rythme soit dans le plan.

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