LES ERRANCES DE SHARUNAS BARTAS

C'est l'événement cinéphile de ce début d'année, en partenariat avec Transfuge : la rétrospective Sharunas Bartas du 5 février au 6 mars, au Centre Pompidou. Et un bonheur n'arrivant jamais seul, Peace to Us in Our Dreams est en salles le 10 février
Par Damien Aubel
le Lundi 01 Février 2016

bartasSharunas Bartas est, et c'est tant mieux, un secret de moins en moins bien gardé. Son dernier film (Peace to Us in Our Dreams, en salles le 10 février), la rétrospective que lui consacre le Centre Pompidou, du 5 février au 6 mars, émaillée de projections et de rencontres, sont autant d'invitations aux voyage. Car Sharunas Bartas, tête pensante et chercheuse du jeune cinéma lituanien du début des années 90, est de ces trop rares cinéastes – Tsai Ming-liang, Lisandro Alonso pourraient être ses frères en esprit – à pratiquer le déracinement comme art. Art de vivre (ou plutôt de survivre, comme les vagabonds plus ou moins volontaires de Trois jours ou Freedom), art de filmer surtout. D'être à la fois « dans » et « hors de ». «Dans », soit au coeur du monde, dans toute son épaisseur concrète, dans les plis et les replis de la matière et des paysages, au plus près du grain des peaux et des visages. En adhérant de façon presque palpable, par exemple, à celui de Katerina Golubeva dans Corridor. Mais cette proximité si intense, si dense, n'est que la forme paradoxale et souveraine du détachement. Les films de Sharunas Bartas sont des processus de décollement, ils émancipent la réalité tactile, visible, de la servitude de la pesanteur et du prosaïsme. Ils l'ouvrent à l'inquiétante étrangeté de paysages désolés (Corridor). Y ménagent, comme autant d'épiphanies, des brèches où s'engouffrent conjointement le beau et le bizarre (The House). Qu'il s'agisse dans Few of Us de chroniquer le monde oublié des Tolofars ou dans Indigènes d'Eurasie de cartographier le dernier road trip d'un mafieux, Sharunas Bartas filme toujours cet entre-deux, qui sépare l'ici et ailleurs, le visible et les suggestions de l'invisible, le désespoir et la grâce.

 + d'infos sur la programmation :https://www.centrepompidou.fr/fr

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